LIVRE 2, CHÀP. I
avoit paru être le plus précieux, ce que Charlemagne avoit juge' le plus digne d'enrichir le trésor de saint Pierre.
Léon III, élu en la place d'Adrien , ne fut pas moins dévoué à Charlemagne. Il commença par lui faire part de son exaltation avec toutes les marques possibles de soumission ; il lui envoya les clefs du tombeau de saint Pierre, l'étendard de la ville de Rome, et le pria d'envoyer un commissaire, pour recevoir le serment de fidélité que les Romaius dévoient lui renouveler à cause de cette mutation. Charlemagne chargea de cette commission Angilbert, qui porta en même temps à Léon III les présens originairement destinés pour Adrien. Charlemagne, dans les instructions qu'il donne à son envoyé, parle, sur ce qui concerne le pape, d'un ton de maître et de souverain, qui eût fort étonné les Innocent III et les Boniface VIII. Il lui trace tous ses devoirs de pape , il lui en recommande l'accomplissement, ainsi que l'observation des. canons.
Après avoir ainsi parlé en maître, il eut occasion dans la suite d'agir en juge du pape, et il fut reconnu pour tel par le pape lui-même, et par ses adversaires.
Pascal et Campule, parens du dernier pape, et revê- Annal. Egin. tus en conséquence des premières dignités de Rome, JJ^" r ' après avoir fait inutilement, chacun de son côté, tout ce qu'ils avoient pu pour lui succéder, avoient contribué malgré eux à élever Léon III sur le trône pontifical. Quels que fussent leurs services, ils les mettoient, selon l'usage, à trop haut prix, et n'étoient jamais contens de la reconnoissance de Léon. Outrés de ce qu'ils
6 HISTOIRE DE CHARLEWAGWE.
appeloient l'ingratitude du pape, ils ne mirent point de bornes à leur ressentiment} mais ils le dissimulèrent si bien, que le pape, qui avoit lieu de les croire fort contens de lui , les mettoit au rang de se* meilleurs amis, tandis qu'ils formoient le complot de l'assassiner. Il est difficile de dire pourquoi ils choisirent pour l'exécution de leur crime, le moment d'une solennité où tous les yeux étoient fixés sur le pape; ce fut au milieu d une procession, le a4 avril 799, que Pascal et Campule étant aux côtés du pape, auquel ils n'avoient jamais fait leur cour avec plus d'empressement, on •vit paroître Une foule d'assassins armés, qui dissipèrent la procession, se jetèrent sur le pape, le renversèrent de cheval, le foulèrent aux pieds, et craignant que le peuple ne s'émût en sa faveur, le portèrent dans un couvent voisin , pour l'y outrager plus à loisir. Pascal et Campule, restés seuls du clergé avec le pape, changèrent tout-à-coup de personnage, et se mirent à la tête des assassins. Leur intention étoit , dit-on , de crever les yeux au pape, et de lui arracher la langue, comme oh avoit fait trente ans auparavant à l'antipape Constantin. Tout est fort étrange dans cette aventure; il est inconcevable qu'une troupe d'hommes armés, tenant entre ses mains un homme sans défense, et voulant lui arracher la langue et lui crever les yeux, 3i'ait pu y parvenir; et comme un pape attaqué avec cette violence au milieu de ses fonctions pontificales, est un événement propre à exalter l'imagination, Anastase le Bibliothécaire n'a pas balancé à dire que Léon eut réellement la langue arrachée et les yeux crevés, mais que la langue et les yeux lui furent à l'instant rendus miraculeusement; ce miracle a même