LIVRE 3, CHAP. lé Jl
Si c étoit l'amour de la paix qui suggéroit tous ces subterfuges, le principe en étoit louable; mais pour avoir la paix, il faut s entendre. Reconnoissoit-on par cette formule, que les Ecritures établissent l'égalité du Père et du Fils, ou laissoit-on ce point-là dans l'incertitude? La vérité aime à dissiper les nuages, Terreur aime à les répandre.
Ces folies (toute fausse théologie ne mérite point d'autre nom) n'auroient été que risibles, si elles n'avoient pas toujours entraîné à leur suite l'intolérance et la persécution, souvent des guerres et des massacres; c'est un spectacle affligeant et propre à ébranler les foibles , que cette alternative continuelle de conciles ou de synodes ariens et catholiques , qui , selon que la partie étoit liée, consacrent et condamnent tour à tour Arius et saint Àthanase, la foi et l'hérésie, et qui viennent tous également aboutir à la violence (0. Elle commençoit dès le concile ; celui qui succomboit , étoit poussé ignominieusement hors de la salle, avec cette formule peu charitable : Chassez l'hérétique. Le
(0 Arius fut condamne au concile de Nicce, tenu en 3a5, sous F empire de Constantin, et reconnu pour le premier concile œcuménique, où le terme de Consubslantîel fut employé dans le symbole, pour exprimer le rapport do Fils au Père. Ce concile fut confirmé, en 38 1 , par le concile de Constantinopie , reconnu pour le second coficil© œcuménique , et où Ton dressa le symbole qui se dit à la messe.
Mais , pour suivre Tordre des temps, si , en 3a5, le concile de Tïicée est contraire aux Ariens, en 339 le Concile d'Antiocfee leur est favorable.
En 335, concile de Tyr, oh saint Atbanase est déposé, quoiqu'il *ut fait voir qu une femme, qui l'accusoit de ravoir violée, ne le con- «oissoit pas, puisqu'elle prit un de ses diacres pour lui, et quoiqu'il eût fait paroître vivant Févéque Arsène, qu'on l'accusoit d'avoir tué.
En 34a , concile de Rome, qui justifie saint Athanase.
En 3$ 5, concile d'Antiocbe , favorable aux Ariens et aux Eusébiens;
H 2 HISTOIRE DE CHAHLEMAGNE.
concile de Rome, tenu en 769, pour la condamnation du faux pape Constantin, et auquel assistèrent des évêques français, envoyés par les rois Charlemagne et Carloman, offre un exemple de cette rigueur, qui fait de la peine. Une faction, comme nous lavons dit, avoit élu Constantin pape, quoiqu'il ne fût que laïc; on fit comparoître ce malheureux, qui avoit alors les yeux crevés, on l'interrogea sur son intrusion. Après avoir dit que le peuple lui avoit fait violence, et après avoir imploré, avec beaucoup d'humilité, la miséri-
ceux-ci tiroient leur nom d'Euscbe; évêque de Césarée > un des plus ardens zélateurs de l'arianisme.
En 347, concile de Sardique, contraire aux Ariens, et ou saint Ath an ii se est encore justifié.
La même année, concile de Philippopolis, favorable aux Ariens, et où le pape Jules et saint Athanase sont excommuniés.
En 35 1 , concile de Sirmium , favorable aux Ariens, et où Ton décida que c'était le Jils qui avoit apparu à Abraham, et qui avoit lutté contre Jacob.
En 353 , concile d'Arles , favorable aux Ariens , et qui condamne saint Athanase.
En 355 , concile assemblé d'abord dans l'église de Milan, puis transféré dans le palais de l'empereur Constance , qui tire l'épée, en plein concile , contre les évêques qui lui résistent. Le résultat fut favorable aux Ariens, et saint Alhunase fut condamné.
En 35; , concile de Sirmium r entièrement favorable aux Ariens. En 358, concile d'Ancyre, où triomphèrent les demi- Ariens , qui n'étoient que des Ariens mitigés ou déguisés.
En 359, concile de Rimini, où les catholiques furent surpris par une formule de foi captieuse des Ariens, qui, par ce moyen, parurent, pour un moment, avoir pour eux le suffrage de l'Eglise 5 c'est au sujet de ce concile que saint Jérôme a dit: Ingenuit totus orbis et Arianum se esse niiratus est. L'univers s'étonna et génùt de se trouver Arien. Sanct. Hieronym. advers. Luciferianos. Ejusoper. 1 4 , col. 3oo, édit. Bénédictin.
La même année , concile de Scleucie, dont le résultat est assez équivoque.