LIVRE 3, CHÀP. I
prit ne fut pas plus respectée que la divinité du Verbe, et ne devoit pas, en effet, l'être davantage par les hérétiques, assez conséquens dans leur témérité pour ne vouloir point de mystère : ceux-ci placèrent le Saint- Esprit au-dessus des anges, comme une créature plus parfaite, mais sans aucune proportion avec la divinité ; on les appela Pneumalomaques > ennemis de FEspi it.
Après le mystère de la Trinité, on attaqua le mystère de Flncarnation, toujours par la même raison et par la même autorité. La vraie religion est une chaîne ; si vous en détachez un chaînon , vous avez le même droit de les détacher tous.
Dès le commencement du troisième siècle, une secte qu'on nomma les Dociles , mais qui n'avoit eu ni assez d'éclat ni assez de durée pour troubler la foi ni h paix , avoit soutenu tjue Jésus-Christ ne s'étoit incarné qu'en apparence : c étoit couper le mystère par h racine. Mais ces retranchemens de mystères en feroient renaître une multitude d'autres; car, comment l'Etre infiniment vrai, comment le Dieu de vérité nous auroit-il trompés par les apparences d'une fausse incarnation? Comment nous auroit-il dit formellement dans l'Evangile, qu'il s'étoit incarné, etc.? Mais c'est trap ressembler à ces raisonneurs, que de disputer contre eux.
A la fin du quatrième siècle, et dans le cours du cinquième, on attaqua l'Incarnation avec plus d'acharnement , mais en laissant subsister une partie du mystère, ce qui est, comme nous l'avons dit, la manière d'errer qui rassemble le plus d'inconséquences.
Apollinaire, évêque de Laodicée, vouloit bien que
*](y HISTOIRE DE CHÀRLEMÀGNE.
le Christ eût pris un corps humain, mais non pas une ame humaine; il n'en avoit pas besoin, la divinité lui en tenoit lieu; de plus, ce corps n avoit pas été pris dans le sein de Marie, il étoit descendu du ciel, et s'étoit évaporé après la résurrection. C'est ainsi, à peu près, que les Luthériens admettent, au moment de la consécration seulement , la présence réelle du corps de Jésus-Christ, qui disparoît aussitôt. Encore un coup, quand on admet une partie du mystère, sur quoi se fonde- t-on pour en rejeter les autres parties? Apollinaire fit secte, et eut l'honneur d'être condamné à Rome dans un concile tenu exprès pour lui en 377.
D'autres sectaires nés de celui-ci, et allant sur son marché, attaquèrent l'honneur de Marie; ils contestèrent à la mère sa virginité, comme on avoit contesté au fils sa divinité; ils accordoient cependant à Marie l'honneur d'être mère de Dieu, mais ils ne l'en jugeoient pas trop digne, car ils avoient découvert que y depuis la naissance de Jésus-Christ, elle avoit eu plusieurs enfans de saint Joseph , son mari. On les appela les Antidicomarianites ; ces grands noms, prostitués à des visions telles que celles-ci, sont presque aussi ridicules que les opinions qu'elles expriment. Mais ce qui étonne le plus dans ces sortes d'hérésies, c'est de voir à quel point elles sont gratuites : énoncer un tel fait ou telle autre rêverie qui passe à travers un cerveau malade, dans un hôpital de fous, c'est absolument la même chose. Les Antidicomarianites (puisque tel est le nom de leur folie) avoient-ils eu des mémoires secrets sur la manière dont saint Joseph, vivoit avec la sainte Vierge, depuis la naissance du Messie? Qu'on lise tant qu'on voudra Bayle, à l'article