LIVRE 3, CHAP. I
"ndiqué dans des vers connus, on n'y trouvera qu'un exemple monstrueux de l'ancienneté, de l'insolence et de l'absurdité de la calomnie, rapporté comme tel par ce critique judicieux, d'après l'abbé Faydit.
Passons à des hérésies moins obscures, quoique non moins destituées de fondement. Ce qui raultiplioit tant alors les hérésies, c'est qu'il n'y avoit presque point d'autre littérature que la théologie, et qu'on voyoit la gloire des Athanase, des Cyrille, des Augustin, des Prosper; mais ces Pères, en développant éloquemment la doctrine de l'Eglise, ne l'altéroient point. Imitateur malheureux de leur zèle contre l'hérésie, Nestorius, évêque de Constantinople , s'égara en voulant suivre leurs traces; à force de disputer contre les hérétiques, et de les suivre dans les subtilités de la dialectique, il devint hérétique lui-même. Il n'alléguoit point , comme les Antidicomarianites , des faits chimériques et impossibles à savoir, mais son erreur se rapprochoit assez de celle d'Apollinaire. Selon kii, Marie étoit mère du Christ, c'est-à-dire de l'homme, mais elle n'étoit pas mère de Dieu. Le Verbe s'étoit incarné, non pas en naissant d'une femme, mais en s'unissant à la chair du Christ, qu'il avoit prise comme un temple pour y habiter ; mais c'étoit l'homme et non le Dieu qui étoit mort, et c'étoit le corps de l'homme que le Dieu avoit ressuscité. On voit que le Verbe, ainsi uni au Christ, ressemble bien à la divinité qui sert d'ame à l'humanité. C'étoit éviter les difficultés qui naissent de la mort d'un dieu ; mais cette union du Verbe avec le Christ, de la divinité avec l'humanité, laissoit subsister un assez grand mystère, et ce n'étoit pas la peine d'innover. Nestorius
HISTOIRE DE CHÀRLEMA > I •
trouva dans saint Cyrille, évêque d'Alexandrie, un redoutable adversaire, et il fut condamné, en 43 1, au concile d'Ephèse, troisième concile œcuménique.
Ce qui étoit arrivé à Nestorius, arriva aussi au moine Eutychès; le zèle contre le nestorianisme le jeta dans une erreur contraire, nommée de son nom YEur tychianisme. Nestorius séparoit trop les deux natures, Eutychès les confondit. Il soutenoit que depuis Tincarnation, la divinité et l'humanité du Fils de Dieu ne sont plus qu'une seule nature; c'étoit , selon lui, la divinité ainsi confondue avec l'humanité qui avoit souffert.
Après plusieurs conciles contradictoires , il se tint enfin, en 4-5 1 , à Chalcédoine, un concile œcuménique, qui porta le dernier coup à Teutychianisme, et fixa la foi de l'Eglise sur le mystère de l'Incarnation. Cependant on disputa beaucoup , et long - temps , contre l'autorité de ce concile; les Nestoriens et les Eutychiens, et ceux qui les condamnoient tous les deux, continuèrent à se faire la guerre, et par des écrits, et par les armes. L'empereur Zénon donna, en 48a, son Hénoticon ou édit d'union, qui ne réunit personne, et qui sembla mçme porter quelque atteinte au concile de Chalcédoine. Enfin, en 553, le concile de Constantinople, cinquième concile œcuménique, consacra la doctrine des quatre conciles œcuméniques précédens, nommément du concile de Chalcédoine, et condamna aussi quelques écrits infectés de nestorianisme, surtout ceux de Théodore évêque de Mopsueste, de Théodore t évêque de Cyr, et d'Ibas évêque d'Edesse : c'est ce qu'on appelle Y affaire des trois Chapitres.