LIVRE 3, CHIP. I
Jus tin ion, qui, comme tous les princes foibles et peu éclairés, donnoit trop d attention et trop d'importance aux débats théologiques, avoit prévenu le concile de Constantinople, et condamné de son autorité privée , les trois Chapitres dès 546. Cette entreprise sur l'autorité de l'Eglise ne lui avoit pas réussi; ceux même qui pensoient comme lui, refusoient de souscrire son édit ; l'affaire des trois Cliapitres devint la grande affaire de l'Eglise. On ne se soumit enlin qu'à l'autorité du concile de Constantinople, et on ne s'y soumit qu'avec le temps.
Justinien, mal corrigé par ce premier exemple (car les disputeurs se corrigent peu), voulut encore faire des lois en matière de doctrine ; et cette fois il fut encore moins heureux , car il adopta une erreur. Des raisonneurs avoient encore raffiné sur l'Incarnation , et ils avoient trouvé que du moment où le corps de Jésus-Christ avoit été formé dans le sein de Marie, il étoit devenu incapable d'altération, de passion, de besoin; il ignoroit la faim et la soif. Pendant sa vie, il raangeoit sans besoin (par conséquent sans plaisir), comme après sa résurrection. Justinien trouva cette opinion belle, et se hâta, en 564, de la consacrer par un édit. L'édit ne réussit point; on condamna ses protégés sous le nom des Incorruptibles; il est vrai qu'ils s'en vengèrent, en appelant leurs adversaires les Corrupteurs ou les Corrupticoles.
De Feutychianisme, qui subsistoit toujours, quoique condamné, ou parce qu'il étoit condamné, naquit, vers le milieu du septième siècle, le monothélisme, erreur à laquelle le pape Honorius passe pour avoir été favorable. « Du moins, disoient les Mono-
« thélites, s'il faut reconnoître deux natures en Jésusce Christ, il ne faut reconnoître en lui qu'une seule « volonté; il veut tout, il fait tout par une seule opé- « ration, qu'on peut appeler théandrique ou déi-virile, « c est-à-dire divine et humaine tout ensemble ; et la « distinction des deux natures n'est que dans notre « entendement ». L'empereur Héraclius embrassa le monolhélisme j comme Justinien avoit embrassé le corruptibilisme : il donna en 639, en faveur de cette nouvelle doctrine, l'édit connu sous le nom à'Ecihese, c'est-à-dire Exposition. Ces princes étoient bien pressés de faire des édits. Du moins Héraclius désavoua le sien ; mais en 648, l'empereur Constant en donna un, connu sous le nom de Type, c'est-à-dire Formule ou Formulaire, par lequel il défendoit de parler d'une ou de deux opérations en Jésus-Christ. Si par un édit on pouvoit faire cesser toutes les disputes théologiques, il n'y auroit pas sans doute de meilleur parti à prendre ; mais l'expérience a fait voir que le remède à ce mal n'est pas de défendre de parler, mais de ne pas s'apercevoir qu'on parle ; quand on n'écoutera plus ces discoureurs, (chose si facile!) ils se tairont d'euxmêmes : d'ailleurs, disent les théologiens, ces défenses de parler peuvent - elles concerner l'Eglise? Peut-on exiger qu elle se taise sur la foi, elle qui doit l'enseigner? Le monothélisme fut condamné au concile de Constantinople, tenu en 680 et 681, sixième concile œcuménique. On y confondit un moine monothélite, nommé Polychrone, par un moyen, qui, employé plus souvent et de bonne foi avec certains faiseurs de miracles, auroit pu en diminuer le nombre. Le concile lui ordonna de rendre compte de sa foi, qu'il