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avoit rendue suspecte. « Ma foi! dit-il fièrement, c'est « paf les œuvres que je veux la manifester. Faites apte porter un mort, je mettrai sur lui ma profession de « foi ; vous pourrez tous la lire, et si le mort ne res- « suscite à l'instant, par le seul attouchement de cette « cédulé, le concile et l'empereur feront de moi ce « qu'ils voudront ». On apporta un mort; le moine étala sur le corps sa profession ; elle etoit toute monothélite : le mort ne ressuscita point; le moine, et sa profession , et le monothélisme furent proscrits ; ce qui n'empêcha pas l'empereur Philippique de se déclarer, long-temps après, pour le monothélisme, et de faire condamner ce concile œcuménique de Constantinople, par un concile particulier, tenu dans la même ville en 712. Un autre, tenu aussi dans la même ville en 714, et sous l'empire d'Anastase II, condamna de nouveau les Monotliélites , et réhabilita le concile œcuménique de Gonstantinople.
On n'en étoit pas encore au mystère de la Rédemp- Tillemont, tion , et ce n'est que dans des temps très - postérieurs f^'^^*' à ceux que nous examinons qu'on y a porté atteinte, Fleury, t. 9, en voulant que Jésus-Christ ne fût pas mort pour tous ann - » les hommes, et en abusant de (fuelques expressions °' T n *\ de l'Ecriture pour établir qu'il n'étoit mort que pour Conc. p. 989 plusieurs ; mais on ne pouvoit laisser en paix le mys- ct SIUV * 1ère de l'Incarnation ; on ne pouvoit marcher entre le nestorianisme et l'eutychianisme, sans pencher un peu d'un côté ou d'un autre. Ces deux natures unies sans confusion, ces deux opérations, ces deux volontés, dont l'une ne contrarie jamais l'autre, faisoient quelque peine aux théologiens inquiets ; des restes de monothélisme subsistoient encore du temps de Char- 2. 6
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Jemagne, et il s éleva sous son règne une nouvelle hérésie concernant le même mystère.
La plupart des hérésies que l'Eglise avoit eues , combattre jusqu'alors, venoient de l'esprit subtil et minutieux des Grecs modernes , aussi difierens des anciens, que les Italiens le sont des Ru mains du tetnps Eginard, de la république. Arius étoit Africain, mais il dogma- Auaal. ann. tjg 0 ît ^ Alexandrie, qui est de l'Eglise grecque, et la 'cod. Carol. plupart de ses sectateurs et de ses adversaires étoient 97- des Grecs. L'hérétique Apollinaire étoit évêque de
4^Tsoet ^ a °d4cé e ; Nestorius étoit évêque de Gonstantinople ; suiv. liv. 45, Eutychès étoit un moine grec, voisin aussi de Consn. 9 et i3. tantinople. L'hénotique, l'echtèse , le type, le mono* thélisme, tous ces noms grecs annoncent le pays qui avoit donné naissance à toutes ces idées, et où on s'en pecupoit. L'hérésie que vit naître Charlemagne vers la fin du huitième siècle, venoit de l'Espagne. Ses auteurs étoient Elipand , archevêque de Tolède , et Félix, évêque d'Urgel. Le Christ, considéré dans sa divinité , est fils de Dieu ; considéré dans son huma* ni té, il est encore fils de Dieu. Les deux évêques espagnols trouvoient que cétoit mettre trop d'égalité entre les deux natures, ils demandoient une différence plus marquée : que le Christ, dans sa divinité, fût pleinement et entièrement fils de Dieu, ils y consentoient ; mais ils demandoient que, comme homme, il ne fut que son fils adoptif. Cétoit déroger très-peu au mystère, et par conséquent c'étoit d'autant moins la peine de s'écarter de la foi de l'Eglise. Le zèle de Charlemagne s alluma contre ces novateurs : Charlemagne étoit le plus grand théologien de son siècle, parce qu'il en étoit l'homme le plus savant , et qu'alors il n'y avoit
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guère d'autre érudition que la théologie ; il convoqua contre eux, dans ses Etats Y divers conciles, à Narbonne, à Ratisbonne, à Francfort sur le Mein ; il 794. disputa lui-même contre eux, et verbalement, et par écrit ; il fit écrire aussi contre eux par le savant Alcuin, et par Paulin, patriarche d'Aquilée, qui lui dédia ses ouvrages; il manda aux Espagnols, qu'en souffrant parmi eux cette hérésie , ils -s'étoient rendus indignes du secours qu il avoit eu intention de leur fournir contre les Sarrasins. C'étoit pousser le zèle jusqu'à confondre les principes des choses , que de faire dé- . pendre ainsi, d'une opinion théologique, les intérêts politiques ; mais comme la théologie étoit alors la seule science, elle étoit aussi dans tous les esprits le premier des intérêts, elle décidoit des alliances et des guerres ; cependant on pouvoit trouver le zèle de Gharlemagne inconséquent, même sous ce point de vue. Quelque condamnable, en effet, que pût être l'hérésie d'Elipand et de Félix , l'erreur des Sarrasins étoit bien plus importante et bien plus funeste au christianisme; mais en matière d'opinions religieuses, celles contre lesquelles on s'élève avec le plus de force, sont précisément les plus nouvelles et les plus voisines de la foi qu'on professe, comme c'est contre ses parens et ses voisins qu'on a les procès les plus acharnés. Félix d'Urgel quitta et reprit plusieurs fois son erreur ; il paroi t qu'il étoit plutôt irrésolu et changeant, qu'opiniâtre. Enfin, après plusieurs variations, il se laissa engager à venir plaider sa cause au concile 4' Aix-la- Chapelle ; l'empereur lui promit toute sûreté , et lui tint parole, ne pensant pas comme un de ses suc-' cesseurs (Sigismond), que cette fidélité dansjes pro»
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messes ne Fût pas due aux hérétiques : Félix allégua ses raisons et ses autorités £ elles furent réfutées avec douceur; cependant, à cause de ses fréquentes rechutes, Félix fut déposé de l'épiscopat, et relégué à Lyon pour y finir ses jours. Il n'en publia pas moins une rétractation adressée à son clergé et à son peuple d'Urgel, où il se qualifie jadis évégue. La franchise de ce procédé méritoit qu'il fût rétabli, ou du moins rappelé de l'exil. On dit cependant qu'il laissa, en mourant, un écrit, par lequel il désavouoit sa rétractation.
Pour Elipand, on sait, par une lettre qu'il adressoit à Félix , que dans sa quatre-vingt-deuxième année il persistoit dans son erreur. Les Espagnols disent qu'il n'y mourut pas.
Une autre hérésie agitoit depuis long-temps l'Eglise, et étoit dans toute sa force du temps de Charlemagne, c'est celle des Iconoclastes ou briseurs d'images : elle n'avoit aucun rapport avec les trois grands mystères de notre religion ; et quoiqu'elle fût née chez les Grecs, ainsi que la plupart des précédentes, comme son nom l'atteste, elle étoit sans aucune subtilité, la matière n'en étant pas susceptible. C'étoit une erreur du cœur plus que de l'esprit, et le premier iconoclaste dut être une ame froide et dure. Il est si naturel de vouloir conserver et révérer, au moins dans leurs images, les objets de sa tendresse et de sa vénération; il est si heureux qu'il existe des arts capables de les reproduire, et de nous en entretenir encore lorsqu'ils ne sont plus, que l'Eglise avoit bien naturellement adopté un usage si propre à nourrir des sentimens d'affection et de piété. Le même principe qui nous fait désirer d'avoir le portrait d une mère, d'un fils, d'un ami, de