‹ Histoire de CharlemagneChapitre 38 sur 108 · LIVRE 3, CHAP. I · texte numérisé non relu

LIVRE 3, CHAP. I

tous ceux dont le commerce a pu contribuer à la douceur de notre vie, fit qu'on désira d'avoir les portraits de ceux qui av oient édifié le monde par leurs vertus, ou qui Tavoient éclairé par leurs lumières; de là les images et le culte des saints.

« Les images, disoient le pape Grégoire III, dans Tornades « une lettre à l'empereur Léon l'Isaurien , et saint Conc * P* a3 *

r . Tom. i des

« Germain, patriarche de Constantinople, dans une Conc.p.398. « lettre à Tévêque de Claudiopolis (qui setoit déclaré « contre les images), facilitent au peuple la connois- « sance de l'histoire de la religion ; la peinture est « une histoire abrégée ; les mères montrent ces taie bleaux à leurs enfans, et les leur expliquent : elles- « mêmes , à cet aspect , élèvent leur esprit et leur « cœur à Dieu. Au moyen de cette représentation , le « mystère est plus présent et plus sensible ; le fait « saisit l'imagination, et se grave dans la mémoire, ce Privé de ces objets édifians, le peuple adoptera des « fables, que la représentation de l'objet ne pourra « plus rectifier ».

Mais, disent des esprits farouches, ce culte est une idolâtrie !

. Il est vrai qu'il peut avoir le danger de dégénérer en idolâtrie chez le peuple ignorant, dont cependant la dévotion peut le moins se passer des images ; il est vrai que, dans les premiers siècles du christianisme, il n'y avoit point d'images dans les églises, de peur que ce ne fût pour les néophytes une occasion de rechute dans l'idolâtrie, dont ils étaient à peine sortis. A mesure que le temps dissipa cette crainte, la vénération et l'amour multiplièrent les images ; et l'Eglise, en consacrant cet usage, a jugé que, renfermé dans

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de justes bornes, il est exempt du vice d'idolâtrie, et par sa doctrine elle a prémuni contre ce vice les fidèles, en leur enseignant que le culte s'adresse au saint et non pas à l'image, et que le culte qu'elle appelle de latrie, c'est-à-dire d'adoration , est réservé à l'Etre suprême.

Mais on peint jusqu'à Dieu même, et ses anges qui sont de purs esprits, et on les représente sous une figure humaine ; c'est être anthropomorphite!

On les représente sous la forme que 'l'Ecriture même nous enseigne qu'ils ont daigné prendre, quand ils ont voulu se communiquer aux mortels.

Il y a dans l'histoire de cette hérésie une chose remarquable, c'est qu'on la voit d'abord paroître sur le trône, au lieu que toutes les autres étoient nées dans l'école. On raconte que l'empereur Léon l'Isaurien n'étant encore qu'un simple petit mercier portant ses marchandises de village en village sur un âne, deux Juifs lui prédirent qu'il parviendroit à l'Empire, et lui demandèrent, pour prix de leur prédiction, d'abolir dans ses Etats le culte des images. Cette histoire, très- contestée, surtout par un homme qu'on accuse d'avoir quelquefois débité pour histoire des fables vraisemblables, mais qui du moins a combattu avec succès toutes les fables absurdes; cette histoire, réduite à ses élémens, signifie peut-être que Léon l'Isaurien avoit reçu quelques instructions des Juifs, à qui leur loi défend de faire aucune représentation de la divinité, que Léon avoit adopté ce principe, et qu'il l'avoit étendu aux images des saints. Quoi qu'il en soit, le 7 janvier ^3o, l'empereur Léon proscrivit, par un décret solennel, toutes les images et les repré-

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