‹ Histoire de CharlemagneChapitre 39 sur 108 · LIVRE 3, CHÀP. I · texte numérisé non relu

LIVRE 3, CHÀP. I

sentations, soit de la divinité, soit des saints, comme des monumens d'idolâtrie, et ordonna de les renverser dans toute l'étendue de son Empire. Un ordre si contraire et à la nature et à l'habitude, ne pouvoit s'exécuter sans contradiction, et le cruel Léon eut toutes les occasions qu'il cher choit de persécuter. La résistance vint d'abord du patriarche de Constantin ople , saint Germain; l'empereur le chassa, le fit déposer, et fit nommer à sa place un homme qui étoit dans ses intérêts et dans ses principes. Il voulut ensuite donner à ses sujets l'exemple d'exécuter son édit, et d'abattre les images; il commmença par un grand crucifix qui étoit dans le vestibule de son palais, il le fit abattre en sa présence, devant tout le peuple, par un de ses écuyers nommé Jouin. On ne put sou- Tom. 7 d tenir ce spectacle, les femmes surtout se soulevèrent, " et renversant l'échelle sur laquelle Jouin étoit monté, Auxenc. elles le firent tomber, se jetèrent sur lui, et le mirent en pièces : l'empereur les fit périr dans les supplices. L'Eglise grecque les honore comme martyres ; mais des martyres ne dévoient pas commencer par être des bourreaux. L'objet de leur zèle étoit juste, les effets étoient coupables.

Lesempereurs étoient encore alors réputés maîtres de Rome et d'une partie de l'Italie ; mais ils négligeoient fort le gouvernement- de cette contrée, qui, de sa part , chanceloit dans son obéissance. L'imprudente innovation de Léon excita un grand soulèvement parmi les Italiens ; ils conservèrent les images des saints , ils renversèrent celles de l'empereur ; et l'empereur, qui renversoit 'celles de Dieu et des saints, trouva mauvais qu'on ne respectât pas les siennes : il voulut

Greg. II.

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châtier l'Italie ; il envoya contre elle une flotte, lui qui n'en avoit jamais envoyé pour la détendre des incursions des Sarrasins; elle fit naufrage dans la mer Adriatique, et Léon fut obligé de borner ses persécutions à FOi ient. Il avoit tenté inutilement de faire assassiner le pape Grégoire II, à qui les Romains donnèrent en cette occasion , sur la ville et le duché de Rome une sorte de surintendance et d'inspection générale, qu'on a regardée comme le principe de la souveraineté acquise peu de. temps après par les papes. Annsia*. in Quelques années auparavant, un Juif de Laodicée avoit persuadé au calife Yézid . d'ordonner aussi le renversement des images dans toutes les églises chrétiennes de ses Etats , et pour cette œuvre méritoire , il lui promettoit trente ans de règne; les Juifs et les Arabes se rendirent les instrumcns de cette profanation 5 le calife mourut dans l'année.

Le pape Grégoire III , qui succéda , le 1 8 mars *]3i f à Grégoire II , écrivit à l'empereur des lettres de reproches et de plaintes sur son hérésie et sur son schisme ; car Léon usurpoit le sacerdoce et le patriarcat , et s'arrogeoit la suprématie. Ces lettres ( car on les a) sont éloquentes, et la cause de la vérité' y est Tom. 7, des très-bien défendue. Peut-être Grégoire pouvoit-il se dispenser de dire à l'empereur, alors son souverain : « Comme vous êtes grossier et ignorant, nous sommes « obligés de vous parler avec force ».

Peut-être ne devoit-ilpas lui dire non plus : « Vous « nous avez écrit d'assembler un concile œcuménique, « mais nous ne le jugeons pas à propos ».

Un prêtre, nommé George, fut chargé de porter ces lettres. Lorsqu'il.eut pris des instructions sur les

Couc.

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