LIVRE 3, CHÀP. I
lieux, et qu'il sut à quel prince il avoit affaire, il prit le parti de revenir sans avoir rempli sa mission : à son retour, il subit la pénitence pour cette inexactitude, et on le renvoya exécuter son ordre; l'événement prouva que sa prudence n avoit pas été excessive : l'empereur ayant su sa marche , le fit enlever en Sicile, et l'envoya en exil. On renvoya un autre homme porter d'autres lettres , ce qui n'étoit pas fort prudent. L'empereur retint celui-ci une année entière en prison. Enfin l'Italie en corps envoya des députés présenter à l'empereur une requête pour la conservation des images ; l'empereur retint les députés pendant huit mois, et les renvoya sans réponse.
Cet empereur étoit en effet ignorant et ennemi des sciences, comme tous les persécuteurs; il sembla prendre plaisir à détruire tous les monumens et de la doctrine et de la piété de Constantin. Il y avoit à Constantinople une bibliothèque de trente mille volumes, fondée près du palais par les empereurs; un homme distingué par son mérite étoit à la tète de cet établissement, et avoit sous lui douze hommes choisis, qui enseignoient gratuitement les lettres, tant sacrées que profanes. Les empereurs précédens consultoient souvent ces savans hommes, et sur toute sorte de matières. Léon sentant malgré lui de quel poids pouvoit être leur suffrage, voulut les engager à se déclarer contre les images. Sur leur refus, il fit entourer la Constantin bibliothèque de matières combustibles, il y fit mettre " ana88 ^. le feu, et réduisit en cendres et les livres et ceux qui Ecc j es . t gj les gardoient. Ce trait est si fort, qu'on seroit tenté p.a3o. de le prendre pour une de ces imputations de parti, toujours fréquentes dans les temps de «trouble, et qui
échappent alors par erreur ou autrement aux défenseurs mêmes de la vérité. La bibliothèque a été brûlée ; on ne peut ni s être trompé, ni avoir voulu tromper sur un fait tel que la destruction d un pareil monument. Mais fut-ce par Tordre de l'empereur ? Voilà ce qui pourroit être une imputation de parti ; d un autre côté, ce qui pourroit aider à croire au récit des historiens , c'est le soulèvement presque général qu'on voit ensuite dans les esprits contre Léon,
Un concile , tenu à Rome en , consacra le culte des images, et l'empereur à Constantinople redoubla d'efforts pour l'abolir. Il mourut dans son impiété en 74 1 »
La persécution continua et augmenta sous Constantin Copronyme son fds , et sous Léon Chazare ou Pôrphyrogénète, son petit-fils.
En 754, Constantin Copronyme fit tenir à Constantinople un grand concile iconoclaste, qui ordonna la destruction des idoles, rendit grâces aux empereurs grecs, qui, à l'exemple des apôtres, avoient considérablement avancé ce grand ouvrage , et anathéma- Usa saint Jean Damascène, le docteur de l'Orient, qui avoit écrit contre les iconoclastes. Quoique per- , sonne n'eut assisté à ce concile de la part de Rome, et qu'il ne s'y fut trouvé aucun patriarche, il ne s'en intitula pas moins le saint et grand concile œcuménique de Constantinople. Il est vrai qu'il étoit composé de trois cent trente-huit évêques (0, tous élevés.
(0 Ce concile étoit plus nombreux même que le premier concile œcuménique de Nicéej celui-ci nVtoit composé que de trois cent dixhuit é?êques. v •