LIVRE 3, CHÀP. T
Jans la foi du culte des images, et dont aucun n'eut le courage de réclamer pour la vérité contre Terreur armée du pouvoir suprême.
Copronyme étoit encore plus violent persécuteur que son père, surtout à l'égard des moines, les plus ardens défenseurs des images ; il les avoit pris dans la plus grande aversion, et ne les appeloit jamais que les abominables ; il fit tuer à coups de fouet, en sa présence, André le Galybite, pour quelques remontrances que ce moine, célèbre par ses vertus, avoit osé lui faire. Un gouverneur de l'Asie mineure, nommé Théophanc, Michel, assemble dans une vaste plaine les moines et P les religieuses de son gouvernement , et leur déclare qu'ils ne rentreront plus dans leurs cloîtres; qu'il faut se marier à l'instant, ou se résoudre à avoir les yeux crevés, et à être transportés dans l'île de Chypre. Plusieurs cédèrent, mais plusieurs se dévouèrent au supplice ; il y en eut même de traités plus cruellement qu'on ne l'avoit annoncé; on en fit périr un grand nombre ; on assaisonna cette barbarie de plaisanteries exécrables : il y eut quelques-uns de ces religieux à qui on se fit un jeu d'oindre la barbe d'huile et de cire fondue ; on y mettoit ensuite le feu , on leur brûloit le visage et la tête. Le gouverneur mit à l'encan les monastères et tous leurs biens, et en envoya le prix à l'empereur, qui lui écrivit des lettres de remercîment , soit que le gouverneur n'eût fait qu'exécuter ses ordres, soit qu'il eût imaginé de lui-même ce moyen de faire sa cour.
Copronyme inventoit tous les jours pour les moines quelque tourment ou quelque affront nouveau. Ceux dont il épargna la vie, il s'attachoit à les rendre ridi-
9? insToniE de charlemagne.
cules. Il les fit tous passer en revue dans l'Hippodrome, un à un, tenant chacun malgré soi une femme par la main , apparemment pour les punir de n avoir pas voulu en prendre. Le peuple, appelé à ce spectacle, leur crachoit au visage, et leur jetoit de la boue. Le supplice de saint Etienne, abbé (qu'on nomme le Jeune ou saint Etienne d'Auxence, pour le distinguer du premier martyr du même nom), est accompagné, ainsi que le supplice d'une foule d'autres martyrs du même temps et de la même cause , de circonstances d'atrocité qui doivent égaler le nom de Constantin Copronyme à celui de Néron. Peut-être, encore un coup, ces circonstances sont-elles des imputations de parti, ou peut-être sont-elles seulement des effets naturels de la brutalité des subalternes. :
Nous avons dit que la persécution, sous Constantin Copronyme, et sous Léon Porphyrogénète, s'étendoit jusqu'à l'impératrice Irène, femme de Léon. Qu'elle étoit intéressante alors ! Combien une princesse jeune, belle, cherchant à plaire, opprimée par un beau-père et un mari odieux, pour la cause commune des ames pieuses et sensibles, devoit être chère à la nation! Nous avons dit quels moyens moins intéressans elle étoit soupçonnée d'avoir employés pour se délivrer promptement de cette persécution. Devenue maîtresse absolue par la mort de son mari, par le bas âge de son fils, et par l'affection des peuples y son premier soin fut de mettre en liberté deè sentimens qu elle savoit être ceux de la plus grande partie de ses sujets; et avec le secours d'abord du patriarche Paul, qui s'accusa en public de la foiblesse qu'il avoit eue de déguiser jusqu'alors ses vrais sentimens, par la crainte