‹ Histoire de CharlemagneChapitre 43 sur 108 · LIVRE 3, CHAP, I · texte numérisé non relu

LIVRE 3, CHAP, I

promptcment dissipée; car au concile de Francfort sur le Mein, qui se tint en 794, et où il rassembla les évêques de toutes les provinces de son obéissance, le second concile de Nicée fut rejeté, toujours sur le fondement de la même erreur. Cette opposition de deux conciles, tous deux très-nombreux et très-solennels, fit redouter dès-lors au pape Adrien la séparation des deux Eglises, qui ne devoit avoir lieu que dans le siècle suivant ; il craignoit de voir naître ce schisme , d'un malentendu , dans le moment où l'Eglise grecque, abjurant Terreur dont on a voit voulu l'infecter, se réunissoit à l'Eglise romaine sous une impératrice orthodoxe , et prenoit avec le saint Siège de nouveaux engagemens. Adrien écrivit contre le livre de Charlemagne, non en controversiste, mais en père Tom.7 dVs commun et en pacificateur ; sa lettre à Charlemagne ConcU. est d'un ton aussi doux, aussi aimable, aussi paternel, et en même temps aussi respectueux que celui des Livres Carolins est aigre et amer. Il est vrai que le saint Siège ne pouvoit trop ménager un bienfaiteur tel que Charlemagne; mais enfin Adrien eut sur lui un avantage marqué dans cette dispute. Le malentendu cessa enfin , et la paix se maintint entre les deux Eglises, comme entre les deux Empires ; lorsqu'on proposa le mariage de Charlemagne avec Irène , l'orthodoxie de cette princesse fut une des raisons qui facilitèrent les négociations. Nous avons dit ce qui empêcha la réunion des deux couronnes impériales.

L'article de la procession du Saint-Esprit, qui devoit un jour être compté parmi les causes du grand schisme d'Orient, commençoit depuis long-temps à exciter des disputes. Le Saint-Esprit procédoit-il du

Père seulement, ou du Père et du Fils à la fois, ou du Père par le Fils ? L'Eglise seule pouvoit le savoir , et les simples lumières de la raison ne fournissoient rien sur ce point à opposer à son autorité; mais l'Eglise grecque et l'Eglise latine différaient sur ce même point et de doctrine et d'usage. Dès le règne de Pépin le Bref, il s'étoit tenu à Gentilly, près Paris, un concile, dans lequel on agita principalement deux questions; l'une concernoit le culte des images (question dominante alors) ; l'autre étoit la procession du Saint-Esprit : l'empereur Constantin Copronyme envoya des ambassadeurs à ce concile ; ils eurent de grandes contestations avec les légats du pape sur les deux articles ; mais ils se plaignirent principalement de l'usage qui s'étoit introduit dans l'Eglise de France, d'ajouter le mot Filioque au symbole de Constanlinople.

Cette addition du mot Filioque fut encore agitée, sous Charlemagne, dans le concile d'Aix-la-Chapelle, tenu en 809. Charlemagne, l'oracle des théologiens, par sa doctrine autant que par sa puissance , ne se jugea pas en état de décider la question ; il eut recours à la source la plus naturelle de lumières en pareille matière; il fit partir pour Rome Bernard, évêque de Vormes, et Adélard, abbé de Corbie, prince du sang royal; ils eurent, avec le pape Léon III, une longue conférence où la matière fut épuisée. Le pape déclaroit qu'en son particulier il étoit persuadé que le Saint- Esprit procédoit du Fils comme du Père, que par conséquent il approuvoit ce qu'exprime l'addition Filioque; que cependant il n'étoit pas d'avis qu'on fit cette addition, parce qu'elle pouvoit fournir aux

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