LIVRE 3, CHÀP. I
Grecs, déjà mal disposés , le prétexte d'alléguer une innovation , et de se séparer de l'Eglise ; on pensa en France, que s'ils étoient disposés à saisir un si foible prétexte, ils n'en raanqueroient jamais, et que le mal étoit déjà fait; que par conséquent la condescendance seroit en pure perte; que cependant le retranchement de cette addition donneroit lieu de croire qu elle coït* tenoit une doctrine erronée.
Le pape insista, et dit qu'il ne proposoit point de faire retrancher, avec éclat, cette addition de tous les missels ; mais il demanda si on ne pourroit pas du moins cesser de l'employer dans la chapelle du roi, sous prétexte de se conformer à la pratique de l'Eglise romaine ? Nous ignorons ce que la Cour de France pensa de cet expédient, mais l'addition Filial que est restée ; Rome même l'a depuis adoptée clans l'onzième siècle, et le concile de Florence, tenu en io55, l'a consacrée. Mais dans le temps de la conférence dont nous parlons, Léon III, pour montrer quïil n'approuvoit pas qu'on eût fait cette addition , fit graver le symbole sans l'addition, sur deux grands écussons d'argent, en latin sur l'un, en grec sur l'autre, et il fit suspendre ces deux écussons à droite et à gauche de la confession ou du tombeau de saint Pierre, comme des monumens publics de l'attention de l'Eglise romaine, à conserver le symbole tel qu'elle l'avoit reçu. C'étoit condamner bien hautement un usage qui a fini par être universel dans l'Eglise latine.
Telles furent les questions théologiques qui occupèrent l'Eglise sous le règne de Charlemagne, et telle est la part que ce prince y prit. Au reste, toutes les 2. 7
sectes, tous les partis ont cherché, dans tous les temps, à s'appuyer de l'autorité de Charlemagne : un docteur protestant, nommé Chrétien Nifanius, prétendit prouver, dans le dernier siècle, que Charlemagne n'avoit pas été ce qu'il appeloit Papiste , c'est-à-dire . catholique (0. Il trouvoit dans les réglemens faits par Charlemagne, pour les églises de la Saxe, des choses contraires au rit romain , et conformes aux idées de Luther. Un zélé catholique, nommé Nicolas Schatenius ( 2 ) , ne souffrit point qu'on imprimât cette tache à la mémoire d'un si grand prince; il réfuta Nifanius, et prouva le catholicisme de Charlemagne. Nifanius ne se tint pas pour réfuté; il revint à la charge, et donna plus, affirmativement encore Charlemagne pour un Confesseur de la vérité èvangélique ; beaucoup de docteurs de l'un et de l'autre parti entrèrent dans la querelle ; les uns faisant toujours de Charlemagne , selon Nifanius, un témoin de la vérité; les autres, selon Schatenius, un parfait catholique romain. Un docteur, nommé Henri Thana, prit un parti mitoyen; il convint que Charlemagne étoit catholique, mais il prétendit que ce prince n'avoit pas beaucoup de rcr ligion. Hoffman a extrêmement loué la piété que Charlemagne fit paroître dans la conversion des Saxons ; il seroit à désirer qu'on pût louer autant son humanité envers eux. Quoi qu'il en soit, l'Eglise de France fut préservée d'erreur; mais la discipline intérieure
(0 Christiani NifanU oslcnsio qubd Carolus Magnus non fuerit Papista. Francofurti, 1670, m-8°.
(*) C'est le père Schaten , Jésuite. Son ouvrage a pour titre : Carolus M. Romanorum imperator et Francorum, rex Romano-catholicus explicatus et vindicatus advêrsw ehristianum Nifanium.