‹ Histoire de CharlemagneChapitre 45 sur 108 · LÉGISLATION · texte numérisé non relu

LÉGISLATION

On sait que les capitulaires, lois plus célèbres sous le nom de Charlemagne, que sous ceux des autres rois de la seconde race, parce que Charlemagne fut le roi qui donna le plus d'éclat à tout, étoient les réglemens qui se faisoient dans des assemblées , composées des évêques et des grands du royaume, et qui, par-là, sembloient réunir le double caractère et la double autorité de synodes et de parlemens.

Le clergé lui-même étoit et l'objet et l'auteur de la plupart de ces réglemens.

Lorsque Charles Martel avoit donné aux guerriers de sa suite quelques-uns des biens de l'Eglise, il n'avoit considéré que son armée, ses conquêtes, et le désir de se faire roi de France ; il n'avoit pas vu toutes les conséquences de cette périlleuse innovation. Le cri d'indignation et de douleur que poussa le clergé, dut l'avertir qu'il n'avoit pas fait une chose indifférente; en effet, de ce moment, les mœurs du clergé furent changées et détruites, elles devinrent toutes militaires: les ecclésiastiques, persuadés qu'une na-

ICO HISTOIRE DE CHÀRLEMÀGÏiE.

tion presque uniquement guerrière, et pour qui combattre étoit gouverner , les regardoit comme des hommes inutiles a l'Etat, parce qu'ils ne portoient point les armes, crurent que le moyen de s'assurer leurs bénéfices, et d'empêcher qu'on ne les donnât à des laïcs , étoit de ne point laisser à ceux-ci l'avantage de servir seuls l'Etat, de la seule manière dont il vou»loit être servi ; ils prirent donc le parti des armes; les évêques et les abbés suivirent le prince à la guerre , à la tête de leurs vassaux; le reste du clergé les imita. C'étoit d abord une affaire d'intérêt et de politique ; ce fut bientôt une affaire d'honneur. On peut croire qu'avec la valeur des soldats, ces nouveaux guerriers en prirent les moeurs et les usages ; on ne distinguoit plus, même à l'extérieur, un ecclésiastique d'un laïc; les riches baudriers, les épées garnies d'or et de pierreries, les éperons d'or, les habits riches et recherchés, tout le luxe militaire , avoient passé jusqu'aux ecclésiastiques ; les églises furent abandonnées ; l'instruction, le culte, la prière, tout cessa; les fidèles, livrés à la plus grossière ignorance, ne connurent plus que la superstition, et peut-être alors le culte des images fut-il, de leur part, une véritable idolâtrie. Sous Pépin le Bref, et plus encore sous Charlemagne, prince trop ami de la guerre, mais qui concevoit cependant qu'il pouvoit y avoir une autre gloire que celle des armes , et que l'homme étoit né pour vivre sous l'empire des lois, et non sous celui de la violence, l'ordre se rétablit insensiblement, le clergé connut ses véri-

mieux observés pouvoient lui procurer l'avantage "d une vie plus douce et plus sûre. Plusieurs eeclésias-

LIVRE 3, cuâp. a. 101 tiques commencèrent à désirer d'être dispensés du service militaire ; le préjugé de l'honneur les y attachent encore, mais il étoit combattu par des raisons si fortes de décence et d'honnêteté, qu'il ne pouvoit qu'aller toujours en s affaiblissant (0; cependant ils avoient besoin detre aidés par le gouvernement , et surtout d'être rassurés par lui , sur la crainte que les

bénéfices ne fussent donnés aux laïcs militaires: un

capitulaire fait dans une assemblée de Vormes, on ne sait pas précisément en quelle année, parut remplir ce double objet, et Charlemagne eut la satisfaction d'exaucer le vœu national, exprimé dans une requête qui lui fut présentée alors. Ses guerriers lui disent dans cette requête : « Nous demandons, à genoux, à votre ma» Annal, de « jesté, que les évêques soient désormais dispensés d'al- g^ tz ' ann ' « 1er à la guerre. Quand nous marcherons avec vous Capital, t. « contre l'ennemi, qu'ils restent dans leurs diocèses, i,p. 4°5-

« occupés de leur sacré ministère ils nous aideront

« plus par leurs prières que par l'épée, levant les mains « au ciel, à l'exemple de Moïse. Nous ne vouions point « permettre qu'ils viennent avec nous, et nous déniante dons la même chose à l'égard des autres prêtres

« Nous ne faisons point cette demande , dans le deste sein de profiter des biens ecclésiastiques. Nous pro~ « testons que nous ne voulons ni les usurper, ni souf- « frir qu'on les usurpe ».

, En parlant ainsi, les seigneurs français déclarent qu'ils tiennent des pailles dans leur main droite, et qu'ils les jettent à terre. C 'étoit une cérémonie du

(') « La partie est aossi mal faite , dit Pasquier , quand un prêtre « endosse le harnois 1 pour combattre un capitaine , comme si un capi- « taine se revéloit d'une chasuble pour «on trefaire U prêtre ».

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temps, qui marquoit qu'on renonçoit à toute prétention sur un bien, comme autrefois la veuve renonçant à la communauté', déposoit sur la tombe du mari sa ceinture, sa bourse et ses clefs. Les anciennes , coutumes étoient démonstratives, et,^pour ainsi dire, hiéroglyphiques. Aujourd'hui les actes suppléent à ces cérémonies.

• Charlemagne, bien éloigné de la petitesse d'esprit, qui, même en corrigeant un abus, ne veut point avouer l'abus, et qui cherche à pallier les fautes du gouvernement, comme si tout gouvernement étoit infaillible et impeccable, commence son règlement Capitul. t. par ces mots : « Foulant nous corriger nous-mêmes,

i 4 p. 4»9- « et donner cet exemple a nos successeurs (0 nous

« ordonnons qu'aucun prêtre n'aille à l'armée, ex- « cepté ceux qui seront nécessaires pour dire la messe, « et administrer aux guerriers les secours spirituels ». Il interdit, même à ceux-ci, le port et l'usage des armes. Il assure que les*peuples et les rois, qui ont permis aux prêtres de combattre avec eux, n'ont point réussi dans les guerres. Il déclare que loin de vouloir diminuer, par cette défense, ni la dignité des évêques, ni les biens de leurs églises, il les honorera d'autant plus , qu'ils se borneront plus scrupuleusement aux fonctions de leur ministère.

On croit ce capitulaire de Vormes, de Tannée 8o3. Le même règlement avoit déjà été fait sans fruit. Le premier article du premier capitulaire de Charlemagne, donné en 769, interdisoit de même la profession des armes aux évêques et aux prêtres.

(') Nosmetipsos corrigentes , posterisquc nostris exemplum dantes.

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