‹ Histoire de CharlemagneChapitre 48 sur 108 · LIVRE 3, CKAP. 2. IO · texte numérisé non relu

LIVRE 3, CKAP. 2. IO

sèment des asiles : on vouloit attirer les Saxons dans nos temples, les accoutumer à notre culte, à nos cérémonies; on vouloit leur faire aimer le christianisme comme une loi de clémence et de douceur, qui préservait du châtiment les plus grands criminels, lorsqu'ils étoient assez heureux pour toucher seulement le seuil de nos églises.

C est dans le même esprit que Charlemagne fonda en Germanie un certain nombre d'évêchés, entre autres, en 786, ceux de Minden et de Verden; en 788, celui d'Osnabruck en Westphalie, et celui de Brème, qui s'étendoit sur une partie de la Saxe; en 795^ celui dePaderborn en Saxe; en 8o4, celui de Munster, etc.

C'est dans le même esprit encore qu'il remplit le pays de prêtres et *de missionnaires, chargés d'y prêcher la foi. Parmi ces ouvriers évangéliques , dont plusieurs furent victimes de leur zèle, on distingue saint Sturme, disciple de saint Boniface; saint Willehade et saint Ludgër, qu 1 on regarde comme les apôtres particuliers de la Saxe.

A l'assemblée d'Aix-la-Chapelle, tenue en 789, Charlemagne fit un capitulaire pour le rétablissement de la discipline ecclésiastique, qui assurément en avoit besoin. Des prêtres, des évêques même s'étoient maries, et ceux-là étoient encore les plus sages; presque tous avoient des concubines, et n'en avoient pas pour une. Charlemagne ordonna que tout prêtre qui auroit ou qui auroit eu plusieurs femmes ou concubines (0, seroit dégradé du sacerdoce : étoit-ce leur en permettre une? Toute hiérarchie étoit renversée; des abbesses

(') Si Sacerûotes plures UXOI'€S habuerint.,.. sacerdotio priventur. Capital, ann. 769.

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s étoient arrogé les fonctions sacerdotales et même épis* çopalesj elles donnoient dans l'église la bénédiction au peuple, par l'imposition des mains et le signe de la croix ; elles donnoient le voile à leurs religieuses avec la bénédiction sacerdotale. Il existait bien d'autres abus. Les abbés, qui ne doivent être que lés frères de leurs religieux, et que les premiers parmi leurs égaux, avoient usurpé sur eux, comme des tyrans sur leurs esclaves, le droit de mutilation, et ils avoient pris de l'Orient l'usage barbare de leur faire crevei les yeux. On a peine à concevoir un tel despotisme dans le gouvernement, qui semble devoir être le plus essentiellement républicain. On a peine à concevoir aussi que des hommes entrassent, à prix d'argent, dans un état oh l'on renonçoit ainsi à tous les droits de l'homme. Cependant un canon du concile de Francfort, tenu en 794, défend expressément aux abbé* de prendre de l'argent pour la réception des moines ; prohibition qui atteste l'existence de l'abus qu'elle supprime, comme un capitulaire de l'an 789, portant gué les religieuses n'écriront point de billets de galanterie, fait voir quel étoit alors leur usage, et comme des défenses fréquentes faites aux chanoines et aux moines dans les conciles d'Arles, de Tours et de Mayence, tenus en 81 3, d'aller au cabaret, attestent les désordres qui donnoient lieu au renouvellement de cette loi.

Les ecclésiastiques prenoient de l'argent pour b service des autels, pour l'administration des sacremens, pour la collation des ordres, pour la prédication, pour la permission de prêcher; tout se vendoit, tout s'affermoit.

Les évêques exigeoient aussi de leurs prêtres un cens

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annuel; ils condam noient à des amendes (toujours appliquées à leur profit) les incestueux, les gens peu exacts à payer la dîme, et les prêtres réputés négligens dans ce qui étoit réputé leur devoir, en un temps où tons les vrais devoirs étaient négligés et méconnus. Un canon du concile de Châlons - sur - Saône , tenu en 81 3, défend aux évêques toutes ces exactions.

'Des fanatiques, et, parmi eux sans doute, beaucoup d'aventuriers, couroient par les rues et sur les grands chemins, tout-nus et chargés de fers, en signe de pénitence et d'humilité ; on les nommoit les Mangons ou les Coûtons, apparemment du nom de quelquesuns de leurs chefs , quoique le mot latin mango signifie maquignon, et que Du Cange, par une étymologie un peu forcée, fasse venir gueux de mango, et coquin de cotio. C etoit l'excès de l'abus des pèlerinages, qui étoient alors en France et ailleurs la dévotion dominante. Eginard, parlant de la vénération particulière que Charlemagne avoit pour l'église de Saint-Pierre de Rome, et des riches dons qu'il avoit faits à cette église, ajoute : // ri y fit cependant que Eginard. Vit. quatre voyages de dévotion. Le calife Aaron en avoit CaroUla S û fait huit à la Mecque, et chaque année, lorsqu'il ne pôuvoit pas faire ce voyage, il défrayoit trois cents pèlerins pour remplir -à sa place ce qu'il regardoit comme un devoir. Ce calife n'étoit pas moins le rival de Cîharlemagne, par sa dévotion que par ses autres qualités (0.

(') Tout lecteur judicieux sentira aisément qu'on ne prétend point assimiler ici des objets aussi essentiellement différens que ceux de la dévotion d'un chrétien et de la dévotion d'un musulman. On observe seulement que l'usage étoit le même, quoique dans des religions si différentes.

î IO HISTOIRE DE CH ALLEMAGNE.

C est aussi vers ce temps que le pèlerinage de saint Jacques en Galice a commencé (lavoir lieu. Celui du tombeau de saint Martin à Tours e'toit alors dans toute sa ce'lébrité.

. On voit par un acte de Tan 786, émané du pape Adrien I, et rapporté au tome second des conciles de France, page n3, acte qui en confirme un pareil donné en 757 par le pape Etienne III, que certains monastères célèbres, et dont l'église étoit un grand objet de pèlerinage, jouissoient du privilège d'avoir un évêque particulier pour l'instruction du peuple qui venoit visiter l'église. Cet évêque étoit élu par l'abbé et les moines du monastère où il devoit être at^ taché. On peut croire que c'étoit toujours un de ces moines, et les deux actes que nous avons cités auto^ risent formellement un tel choix. Il paroît que les évêques ordinaires n'étoient pas fort disposés à ordonner ces évêques claustraux, car le pape, prévoyant leur refus, autorise levêque claustral à venir se faire ordonner à Rome, sur le témoignage de l'abbé et des moines. Charlemagne, qui cherchoit toujours à multiplier les sources de l'instruction religieuse, favorisoit sans doute cet établissement, et inspiroit ce zèle au pape. Au reste, l'existence de ces évêques claustraux, et la réalité de ce privilège de certains monastères, dans le temps dont il s'agit, ne sont pas un point sans difficulté; les critiques sont partagés sur cet article, et les auteurs de l'Histoire de l'Eglise gallicane ne prononcent rien. Mais on ne peut révoquer en doute l'existence des actes émanés des papes Etienne III et Adrien I ; peut-être seulement n'y eut-on pas égari en France.

La plupart des abus dont on a vu plus haut i'énumé-

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