‹ Histoire de CharlemagneChapitre 5 sur 108 · LIVRE a, CHÀP. I. l · texte numérisé non relu

LIVRE a, CHÀP. I. l

pagné de prières faites au pape de ne lui en plus parler.

Eginard et les autres auteurs tiennent sur ce point Egm.inYit. le propos qu'on étoit convenu alors à la Cour de Car M * tenir; mais il est impossible de croire que Charlemagne ait été fait empereur malgré lui ; que le voyage du pape à Paderborn , et surtout celui de Charlemagne à Rome n'aient pas eu pour objet ce grand dessein du renouvellement de l'Empire d'Occident. Les empereurs grecs étoient toujours les ennemis nés des papes; les ducs de Bénévent, alliés presque nécessaires de l'Empire grec, et par leur position, et par les mauvais traitemens qu'ils recevoient quelquefois de la France , serroient de près l'Etat de l'Eglise. Indépendamment de ces ennemis que lui donnoit la politique extérieure, Léon avoit des ennemis domestiques, sous lesquels il avoit pensé succomber; on l'avoit assassiné dans sa capitale, on vouloit le déposer : à qui Léon pouvoit-il plus naturellement avoir recours qu'au prince généreux , protecteur de tous les princes foibles, qu'au bienfaiteur illustre du saint Siège , fils de ce premier bienfaiteur à qui les papes avoient dû leur puissance temporelle? Lorsqu'Etienne III étoit venu en France solliciter cet important service, il avoit tâché de le payer par les moyens que les conjonctures mettoient en son pouvoir; il avoit donné à l'élection des Français, en faveur de Pépin , une sanction alors respectable ; et pour engager par honneur Pépin et ses fils à protéger et à défendre le saint Siège , il leur avoit donné, au nom du peuple romain, le titre de Patrices de Rome. Léon IU venoit demander à Charlemagne une nou-

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velle grâce, celle d'être délivré de ses persécuteurs et rétabli dans son siège : il falloit de nouveaux services pour ce nouveau bienfait ; car en politique les bienfaits ne sont qu'un commerce : les papes n'avoient que des titres à donner; mais les titres font les droits aux yeux de la multitude; et la puissance même, sans les titres, semble avoir quelque chose d'illégitime. Quel titre plus noble pour celui qui l'obtenoit , plus utile pour celui qui le conféroit, et, à tout événement, plus sans conséquence pour le saint Siège, que ce titre d'empereur romain qu ofFrôit Léon III à son bienfaiteur !

Titre noble pour celui qui l'obtenoit.

On ne le lui donnoit que parce qu'il en avoit déjà la puissance, et cette puissance, il ne la devoit qu'à lui ; cette élection étoit un hommage rendu à sa gloire. Il étoit substitué à toute la grandeur des Césars, avec le mérite d'en être le restaurateur, et le mérite même d'en avoir été le vengeur : en effet, Charlemagne, par ses conquêtes sur les Saxons et sur les autres peuples germaniques, avoit vengé l'Empire romain des nations barbares qui l'avoient détruit quatre siècles auparavant , et il est peut-être assez remarquable que ce second Empire romain ait dans la suite établi son siège au milieu même des contrées habitées par les Barbares, qui avoient détruit le premier Empire romain,

Mézerai croit que le mécontentement de Charlemagne pouvoit être réel, parce qu'on lui faisoit, ditil, tenir « de l'élection des Romains ce qu'il ne tenoit « que de son épée ».

U ne tenoit que de son épée la réalité du pouvoir,

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