LIVRE 2, CHAP. I. l
mais il etoit flatteur pour lui de tenir du choix libre* du peuple romain, un titre que n'avoient eu ni les rois lombards , ni les autres souverains vaincus par Charlemagne.
Titre utile pour celui qui le eonfe'roit.
U est toujours utile de conférer des titres, c'est s'en donner un à soi-même , c est exercer une autorité qui ne peut être désavouée par celui sur qui on l'exerce, puisqu'il en profite, et c'est acquérir des droits à sa reconnoissance.
2.0 Le pape, en donnant à Charlemagne ce titre d'Empereur romain , espéroit le rendre irréconciliable ennemi de l'Empire grec , qui se prétendoit le seul Empire romain, quoiqu'il n'en fût en effet qu'un démembrement et comme une espèce de colonie. L'Empire d'Occident étant rétabli, l'Italie entière, avec toutes les îles qui en dépendent et qui peuvent servir à sa sûreté, étoient incontestablement de son partage ; ainsi le pape csoyoit engager le nouvel empereur à chasser pour jamais les Grecs de l'Italie : alors le duc de Bénévent, nécessairement soumis, et privé de l'allié qui l'encourageoit à la révolte, eût cessé d'être inquiétant pour le pape. Il est vrai qu alors Charlemagne, déjà souverain de Rome, enfermant l'Etat de l'Eglise au sein de ses Etats, eût été pour le saint Siège une puissance bien formidable, et dont rien n auroit pu la défendre; mais la politique ne porte pas ses vues bien loin dans 1 avenir, le présent seul entraîne; on veut se délivrer de l'ennemi qui gêne actuellement : ce sentiment trop vif du présent a souvent préparé de grands malheurs pour la suite; l'avenir, pour peu qu'il soit éloigné, n'est rien pour les hommes.
l6 HISTOIRE DE CHARLEMAGNE.
• Enfin ce titre, à tout événement, et dans tous les cas, étoit sans conséquence pour le saint Siège.
Cette proposition n'est vraie, qu'en ne considérant comme on fait toujours en politique, que le présent ou un avenir peu éloigné.
En effet, Charlemagne fer oit ou ne feroit pas valoir son nouveau titre d'empereur.
Dans ce dernier cas , rien n'étoit changé.
Dans le premier cas, Charlemagne chassoit les Grecs de l'Italie et de la Sicile, et c'étoit ce que désiroit le pape, éclairé ou non sur ses vrais intérêts.
Il y a tout lieu de penser que ces grands intérêts du sacerdoce et de l'Empire avoient été discutés et concertés entre le pape et le roi, dès le temps de l'entrevue dePaderborn. Si Charlemagne, même depuis son arrivée en Italie, avoit refusé ce titre d'empereur lorsque Léon le lui avoit offert , son refus avoit sr fort ressemblé à une acceptation , que le pontife s'y étoit mépris, et qu'il s'y méprit impunément ; jamais, sans l'aveu du monarque, aveu ou formel ou fortement présumé, il n'eût osé risquer la proclamation du jour de Noël. D'ailleurs tout étoit visiblement préparé de tous côtés. Charlemagne étoit accompagné de ses deux fils aînés, Charles, et Pépin roi d'Italie, et des princesses ses filles qu'il avoit mises du voyage, sans doute pour qu'elles fussent témoins de cette éclatante cérémonie ; les Romains l'avoient fait prier de venir à la messe en habit de patrice ; et sans s'informer du motif de cette prière qui annonçoit quelque dessein, il y avoit consenti, quoiqu'il eût, dit-on, beaucoup de répugnance à quitter l'habit français. Le pape présenta aussi au .prince Charles la couronne royale, et lui