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magne, bientôt imité et perfectionné par les ouvriers de ce prince, et habilement touché par ses musiciens, transporta tellement.de plaisir , qu'au rapport de Wa- Mon. lafride Strabon , écrivain du neuvième siècle , une 6al1, l * 2 1 c *
femme en mourut, n'ayant jamais pu revenir de l'extase ou la jeta le son de cet instrument (0. .
De plus, Charlemagne voulut introduire dans ses Etats la liturgie romaine. Nouvelles contradictions^ dont le résultat fut qu'on mêla les chants et les liturgies ; ce fut tout ce que put obtenir d'abord Charlemagne, Pépin avoit déjà commencé cet ouvrage ; il fut dans la suite tellement consommé par l'autorité de Charlemagne, et l'ordonnance de ce prince pour l'introduction du rituel romain, un peu combattue dans l'origine, finit par être si exactement observée, qu'on oublia entièrement l'ancienne liturgie, et que les savans mêmes ignorèrent en quoi elle avoit consisté, jusqu'à ce que dom Mabillon , ayant trquvé dans l'abbaye de Luxeuil un ancien livre d'église , dont on se servoit en France il y a environ onze siècles , et Hist de l'Ac. l'ayant conféré avec divers fragmens de saint Hilaire "g^ 6 ^^" de Poitiers, de Sidoine Apollinaire, de saint Césaire lf p> 3$,. d'Arles, de sàint Grégoire de Tours, et de quelques autres anciens auteurs, s'assura de sa découverte, et fit connoître ce monument de la piété de nos pères, devenu, par le temps, un point d'érudition et un objet de curiosité.
Charlemagne n'adopta pas même la liturgie ro-
(') Duloe melos tantùm vanas deludere mentes Cœpit, Ut una suis dcccdcns sens Unis , if snm Fœminu perdiderU voeutn dulcedine vilain.
mairie sans quelques changemens. Il fit réformer l'office divin par Pau 1^ Diacre. Avant lui on chantoit aux nocturnes des leçons peu convenables, sans nom d'auteur, pleines de solécismes et de barbarismes : Charlemagne chargea Paul Diacre de choisir , dans les ouvrages des saints Pères, des morceaux dignes d'être récités par les fidèles dans des temples chrétiens.
Pour suppléer toujours de plus en plus au défaut d'instruction, un canon du concile de Mayence, tenu en 8i3, par ordre de Charlemagne, porte que, si l'évêque est absent ou malade, il y aura toujours quelqu'un pour prêcher le peuple les dimanches et les fêtes. C'étoit bien manifestement regarder févêque comme le premier prédicateur de son diocèse.
Un canon du concile de Tours, tenu la même
année , ordonne que chaque évêque aura un recueil d'homélies , contenant les instructions nécessaires pour son troupeau , qu'il prendra soin de les bien expliquer, et de les traduire en langue tudesque ou en langue romaine rustique , afin que tout le monde puisse les entendre. Ce canon fait voir que dès-lors le peuple n'entendoit plus le latin. Le tudesque étoit la langue des Francs et des autres peuples gernaniques , alors répandus dans l'Empire français ; cette langue est restée au-delà du Rhin. La langue romaiie rustique étoit celle des anciens habitans de la Gaule, c'est-à-dire des Gaulois romains ; c'étoit bien originairement du latin, mais c'étoit un latin alors fort corrompu , d'où est venu notre français.
Suivant un autre canon du même concile, nul ne doit être ordonné prêtre avant trente ans. Ce canon est conforme à un autre, de Néocésarée, tenu en 3i4 ,
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qui en rapporte même une raison théologique , c'est que Jésus-Christ n'a commencé d'enseigner qu'à cet 4ge. L'Eglise a sans doute eu de puissans motifs pour changer sa discipline à cet égard; mais, à ne consulter que les lumières naturelles, il paroîtra toujours un peu étrange qu'un homme soit élevé au-dessus de l'homme par le caractère sacré de ministre de la divinité, à un âge où la loi ne lui accorde pas même tous les droits de l'homme, et qu'il ait pu disposer de lui-même pour s'imposer des devoirs austères, et des privations pénibles, lorsqu'il n'auroit pas pu disposer de son héritage, ni sacrifier valablement les moindres intérêts pécuniaires. L'argument est encore plus fort contre les vœux monastiques faits en minorité, parce que l'engagement même est plus fort.
C'est avec plaisir que nous voyons dans le même concile de Tours le canon suivant :
« On ne donnera pas sans nécessité le voile aux « filles avant vingt-cinq ans ».
Un capitulaire de Thionville, de Tan 806, porte une défense générale de se faire moine sans la permission de l'empereur. Cette loi , que divers motifs ' politiques auroient pu dicter, fut faite principalement en faveur de la guerre. On s'étoit aperçu que le désir d'échapper au service militaire , contribuoit beaucoup à multiplier les moines. Plusieurs aussi entroient dans le cloître, séduits par les artifices de ceux qui vouloient avoir leurs biens. Charlemagne voulut juger par Lui-même des motifs et de la vocation.
Lorsque Charlemagne avoit fait tenir quelque concile, il s'en faisoit envoyer les décrets, il les faisoit examiner en sa présence ; les évêques, en les lui en-
I ifl HISTOIRE DE CHXRXÉ.M AGITE.
tôyànt, lè prioieht d'y ajbtiter, den retrancher, de changer, dte corriger tout cë qu'il voucîroit , et d'appuyer dé Sbh autorité tout ce qu'il approuveroit. En effet, Si panrii ces décrets il y eri avoit quelques-uns dont l'exécution demandât le coricôûrs de la puissance temporelle, il en faboit la matière d'un capittilaire parttculiër, oh adûVent il feispit entrer des objets qui aVoierit échappé à l'attention des conciles. Par eXeihple, il avoit fait tenir, en 8i3, cinq conciles, dont auctth rte contehoit l'article suivant, qu'il eut soiri d'insérer dans lé capitulaire qu'il fit d'après les décrets de ces conciles :
<t On s'informera s ; il est Vrai, coîrimc oh le dit, « qVfen Austrasie, les prêtres, pour de l'argent, dé- « couVrent les voleurs d'après leur confession ».
Lé fait méritoit certainement d'être éclairci , et
l'abus d'être réprimé.
H àtoit surtout chargé ce& cinq conciles d'approfondir et d'éclaircir ce qui concerne les sacremehs qui ne se réitèrent point , nommément le baptême.
II sMlëvoit tous les jours , sûr cette matière , quelque nouvelle question, et l'ignorance des prêtres avoit donné lieu à un grand nombre d'irrégularités. Du temps de Pepih le Bref, et lorsque saint Bonifàce convertïsSoit l'Allemagne, un prêtre allemand, rie sachant pas té îâtiri, baptisoit dans cette forme :
Baptizo te in rtortiine Pàtria, et Fï&a, et Spirituel Sancta.
Saint Boniface étoit d'avis qù*ôh réitérât le baptême ainsi aifiainistr^. Lepapé Zachàrie fut d'avis différent; il observa qu'on ire féitéroit jpoint le baptême, même dorirfé par des heréfciqtfes , pourvu qu'il fût donné au
LIVRE 3, chàp. a. :ïi«7 nom de la Trinité : on ne deyoit pa$ plus, $elpn lui, k réitérer, parce qu'il avoit été donné par des ignorons, dont l'intention de baptiser au nom de Ja Tf inité étoit d'ailleurs manifeste.
JI paroît, par une foule de canons du temps de Charlemagne, qu'excepté le cas de danger, on n'administroit alors le baptême qu'à Pâque et à la Bentecôte.
Des monumens du huitième siècle prouvent que la manière de baptiser par infusion , la plus commune aujourd'hui, étort la plus rare alors, et qu'on baptisoit ordinairement par immersion.
Il est aussi fait mention, dans quelques monumens du même siècle, de la cérémonie de la bénédiction des cloches, appelée vulgairement baptême des cloches ; le savant Alcuin , sous Charlemagne, en parle comme d'un usage établi. Un capitulaire de 789 proscrit cet usage (0. Peut-être s'y étoit-il glissé alors quelque superstition qu'on aura réformée depuis.
Les conciles d'Arles, de Tours et de May en ce, tenus en 8i3, ordonnent aux prêtres de garder le saint chrême sous la def ; entre autres motifs de cette ordonnançe , on allègue celui - ci : que , suivant une opinion superstitieuse, et certainement très- dangereuse, répandue parmi le peuple, les malfaiteurs qui se sont frottés avec le saint chrême, ou qui en ont bu , ne peuvent jamais être découverts, quelque recherche qu'on en fasse.
Plusieurs canons de divers conciles tenus sous ce même règne, défendent non-seulement à un évêque
.(') Utclocas non baptizent, Gapit. cTAis-la-CbapelIe , de l'an 789, art. i«.
Il8 HISTOIRE DE CHÀRLEMÀGKE.
de, passer d'un moindre sie'ge à un plus considérable, mais encore à tout prêtre de passer d'un moindre titre à un plus grand.
Nous ne pouvons qu'applaudir encore à un canon du concile de Frioul, tenu en 791 , qui porte que, dans le mariage , pour éviter les occasions d'adultère, les contractans ne seront point d âge trop inégal.
Un des canons du concile de Francfort, est un monument des erreurs du temps, sur ce qui concerne les épreuves et les jugemens de Dieu. Pierre, évêque de Verdun, étoit accusé d'avoir conspiré contre le roi : c'étoit ce même prêtre qui avoit eu l'évêché de Verdun, pour récompense d'avoir livré Trévise à Charleraagne, dans le temps de l'expédition contre Rotgaud duc de Frioul. Il fut ordonné qu'il se purgeroit de la prétendue conspiration par serment, moyen facile de se justifier; c 'étoit sans doute une faveur accordée à sa qualité d'évêque. Une circonstance cependan t rendoi t ce moyen de justification moins facile, c'est qu'on avoit ajouté que ce serment seroit confirmé par celui de deux ou trois autres évêques, et il ne s'en trouva aucun qui voulut.jurer avec lui, ce qui prouve que les soupçons étoient très-forts. Il en fut quitte pour envoyer un de ses domestiques éprouver le jugement de Dieu; car c'étoit un abus ajouté à l'abus des épreuves, que de les faire subir indifféremment, ou à l'accusateur et à l'accusé en personne , ou à de simples représentans ; de là les champions dans le combat judiciaire, et dans Ja suite, les seconds dans le duel par autorité privée. On ne dit pas quelle fut l'espèce d'épreuve que subit le représentant de l'évêque ; il en revint sain et sauf ; en conséquence , le roi regarda l'évêque comme pleine-
LIVUE 3, CHAP. 2. li£ :
ment justifié , et lui rendit ses bohnes grâces. S'il n'eut pas d'autres preuves de l'innocence de l'évêque, il faut avouer que par cette confiance imprudente il ne s'élevoit pas au-dessus des lumières de son siècle.
Un autre canon du concile de Francfort contient une disposition remarquable ; c'est qu'après la mort d'un évêque, ses parens ne succéderont qu'aux biens qu'il avoit avant son ordination , et que les biens qui lui seront échus, et les acquêts qu'il aura faits depuis l'ordination , appartiendront à son Eglise. Nos économats, qui réduisent à si peu de chose, pour la famille, la succession des évêques et des abbés les plus riches , produisent à peu près le même effet;
En 8o3, concile d'Aix-la-Chapelle, qui contient un règlement concernant les corévêques. De même que les évêques sont les successeurs des douze apôtres, il y avoit dans les premiers siècles de l'Eglise, des corévêques qui se disoient les successeurs des soixante et douze disciples. Les évêques s'en servoient à peu près comme quelques-uns de ceux d'aujourd'hui se servent des évêques in parlibus. Les corévêques étoient les vicaires des évêques à la campagne ; ils avoient le pouvoir de conférer certains ordres ; ils pourvoient faire des lecteurs , des exorcistes , des sousdiacres même. Charlemagne , jugeant qu'ils ne servoient qu'à entretenir les évêques dans la mollesse, et dans l'indifférence pour leurs devoirs , parce que les évêques ignorans ou négligens se déchargeoient volontiers sur eux de leurs fonctions, rappela au concile d'Aix-la-Chapelle la discipline des anciens conciles d'Ancyre et de Néocésarée, tenus en 3i4, qui avoient interdit aux corévêques toute fonction épis*
J29 HISTQIRE DE CHARLEMAGNE.
c opale. Cette discipline fut rétablie, et les corévêques mis au rang des simples prêtres; mais l'ordonnance du concile d'Aix-la-Chapelle , toujours éludée par la connivence des évêques et des. corévêques, ne put pas être si tôt exécutée; les corévêques se maintinrent, pendant plus d'un siècle encore, dans l'exercice des fonctions épiscopales : il fut plus aise, dit un auteur, de les abolir, que de les régler.
Ce titre de corévêque existe encore dams quelques églises d'Allemagne et des Pays-Bas, telles que celles de Cologne, de Trêves, d'Utrecht; en Françe même des grands - vicaires , tels que celui de Pontoise , auxquels les évêques ou archevêques ont cotjfié les fonctions épiscopales dans une portion d'un diocèse, réputé apparemment trop étendu pour être administré par Févêque seul, peuvent donner une idée assex exacte de ce qu etoient autrefois les corévêques.
Charlemagne, pour préserver le clergé de toute rechute dans son ancienne ignorance, le tenoit en haleine par des questions continuelles ; il consultait les évêques sur divers points important et de doctrine et de discipline, bien moins pour s'instruire que pourles éprouver; il étoit honteux detre pris au dépourvu, et il eût été dangereux de répondre au hasard à un prince si instruit, qui d'ailleurs n'eût pas manqué d'en consulter d'autres ; il n'y avoit d'autre ressource que d'être instruit soi-même, et de s'être prémuni , par une profonde étude , contre ces sortes de surprises.
Nous avons deux Mémoires de l'an 8 1 1 , qui contiennent les principales questions que Charlemagne se propose de faire aux divers ordres de l'Etat, et en