‹ Histoire de CharlemagneChapitre 51 sur 108 · LIVRE 3, CHÀP. 2. 13U · texte numérisé non relu

LIVRE 3, CHÀP. 2. 13U

particulier aux évéques : on peut voir, par les questions suivantes , si sa dévotion étoit de la superstition et de la duperie.

« Nous les prierons de nous expliquer nettement i< ce qu'ils appellent quitter le monde , et prendre « Dieu pour son partage ; si c'est avoir quitté le monde Toine 7 « que de travailler sans cesse à augmenter ses revenus, l |g / ' « en promettant le paradis, et en menaçant de l'enfer, ' « pour persuader aux personnes simples de se dépouil* « 1er de leurs biens , et d'en priver leurs héritiers lé- « gitimes »,

Ces questions regardoient moins ia doctrine que la conduite, et cétoit par les mœurs, plus que par la science, qu'il falloit être prêt à y répondre.

Nous ne savons si Charleniagne proposa aux évêques ces questions, comme il se l'étoit promis ; mais nous Monac. Sau voyons que le concile.de Ghâlons, tenu en 8i3, se*- R * IL L c *

prune ainsi :

« On impute a quelques-uns de nos frères les évêques « de persuader à des personnes riches de renoncer au m monde, pour donner leurs biens à l'Eglise; rien ne « doit être plus éloigne de notre pensée ».

Le moine de Saint-Gall , dans son Traité du gouvernement ecclésiastique de Charlemagne, rapporte divers traits du luxe et du faste de quelques évêques de ce temps. Voici un de ces traits. Charlemagne savoit qu'un évêque dépensoit beaucoup en superfluités, et payoit fort cher ce qu'il croyoit rare ; il lui tendit un piège, dans l'intention de le corriger. Un marchand juif, vrai ou prétendu, vient proposer à l'évêque d'acheter »n animal extrao«&na«-e, qu'il avoit, <iit-ii, rapporté de ta Palestine; l'évêque fait difie-

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rentes offres, que le marchand rejette toujours comme insuffisantes; le marchand joue si bien son personnage, et irrite tellement, par des refus adroits, la cupidité de l'amateur, qu'il amène celui-ci à lui offrir une somme immense. Son animal étoit un rat quil avoit parfumé, pour faire croire que cette odeur étoit une propriété de l'animal. Un amateur du huitième siècle devoit être facile à tromper. Le marchand porte aussitôt la somme à Charlemagne, qui, l'étalant quelques jours après aux yeux d'un grand nombre d'évêques assemblés chez lui, leur dit : « La charité d'un « d'entre vous, a donné cette somme à un pauvre « marchand pour un rat ; n'êtes - vous pas édifiés de « cette dispensation du bien des pauvres »?

On peut juger de la confusion de l'évêque, qui étoit présent à ce discours , et .dont l'aventure fut bientôt sue de tout le monde.

Les questions que Charlemagne se proposoit» de faire aux comtes ou juges laïcs qui étoient charges tout à la fois des soins de la guerre et de l'administration de la justice, ne sont pas moins importantes.

« Nous leur demanderons, dit-il, pourquoi quelce ques-uns d'entre eux agissent les uns contre les « autres, par des motifs de haine et d'envie, soule- « vant leurs vassaux respectifs, et consultant leurs « passions plus que la justice; pourquoi ils négligent « de se secourir les uns les autres en cas d'attaque, « soit à l'armée, soit sur la frontière; pourquoi ils ne « se réunissent pas toujours pour le service ou la dé- « fense de la patrie ».

Nous ne trouvons plus dans Charlemagne une piété si éclairée, lorsque nous le voyons dépouiller les tri-

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