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abus qu'il eut été digne de Charleniagne de détruire. Àlcuin, comme nous l'avons dit, ayant écrit, par ordre de Charleniagne, contre l'hérésie d'Elipand de Tolède et de Félix d'Urgel, Elipand, dans sa réponse, lui reprocha d'avoir vingt mille serfs dans les terres de ses abbayes. Il y a bien loin de ce reproche à la question, de savoir si le Christ, en tant qu'homme, est fils véritable ou seulement fils adoptif de Dieu ; mais , dans toutes les disputes, la personne est toujours bien près des écrits, et dans les diverses accusations et récriminations, on passe toujours bien aisément d'un de ces objets à l'autre. Au reste, le reproche ne pouvoit être plus mal adressé. Àlcuin tenoit tous ces dons de la pure amitié de Charleniagne, qui avoit été bien au-delà de ses vœux; ces richesses lui étoient à charge par les soins qu'elles exigeoient, et qui le détournoient de l'étude, seule richesse dont il sût jouir; il se plaignoit de son opulence, comme on se plaint de sa pauvreté, et il regarda comme une faveur la permission qu'il obtint enfin, à force d'importumtés T de se démettre de quelques-unes de ses abbayes.
Pour Eginard, après avoir été secrétaire (0 de Charlemagne, il fut élevé, par lui, à la dignité de chancelier : il eut aussi une place qui répond à celle de surintendant des bâtimens ; peut - être même , comme nous l'avons dit, Charlemagne en fit -il son gendre ; mais ç'auroit été en cédant à la nécessité. Eginard fut dans la suite gouverneur de l'empereur Lothaire, fils aîné de Louis le Débonnaire.
(') L'épitaphe d'Eginard porte ces propres termes : Perquem confecit Karolus multa satis opéra. Avoit-ilpart à la composition de ces ouvrages, ou ne f aisoi t-il que les écrire sous la dictée de Charlemagne ?
I 36 HISTOIRE DE CHÀRLEMAGNE.
Alcuin et Théodulfe furent les deux principaux coopérateurs de Charlemagne, dans la restauration des lettres. Charlemagne avoit e'té frappe', par luimême, de ce qui manquoit à son pays; idée qu'a eue de même pour le sien le czar Pierre I, et qui ne se Mém. de présente guère qu'aux hommes de génie. Ceci peut Littér. i. i5, demander quelque explication. Que Charles Y, té- ^Chroniq de mom ^es désordres causés par la prison de son père, Fontenelle, ait conclu qu'il falloit qu'un roi renonçât pour touart. 16. j Qurs à j a f G j- e faire la guerre par lui-même ; que
Charles VII, long-temps victime de la démence de son père, ait senti que tout étoit à refaire dans un Etat qu'il avoit fallu commencer par arracher aux étrangers et aux ennemis; que Henri IV, qui avoit eu aussi son royaume à conquérir, Henri IV, échappé avec peine aux poignards de la Saint-Barthélemy , et des- . tiné à tomber sous ceux de la ligue, ait travaillé sans cesse à éteindre les fureurs de cette ligue fatale, et à réparer les maux qu'elle avoit faits, en tout genre, au royaume; que Louis XIV, bravé et opprimé dans son enfance par les saillies insolentes de la fronde, ait senti le besoin et le désir d'affermir l'autorité; que tous les quatre enfin aient été réformateurs, et aient voulu corriger les abus dont ils avoient souffert : rien de plus naturel. Tous les quatre furent d'ailleurs de grands rois; ils avoient été formés à l'école du malheur; mais, par cette raison même, l'idée de réforme avoit dû être si forte et si dominante chez eux, qu'on ne peut pas leur en faire un mérite. Mais qu'un prince qui a reçu de ses pères un Etat à peu près tranquille, conçoive, par la seule force de son génie, et sans avoir été averti par le spectacle des révolutions, et par le
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sentiment des injures, ce qui manque à son pays et à son siècle, et travaille à le lui procurer : voilà, selon nous, ce qui distingue les génies créateurs, tels que Charlemagne et le czar Pierre I. Les esprits ordinaires ont pitié des siècles qui les précèdent, applaudissent aux lumières du leur, et ne soupçonnent pas les progrès des siècles qui* suivront.
Observons de plus, à l'avantage de Charlemagne, que toute l'Europe offroit au czar Pierre I des objets de comparaison qui pouvoient l'avertir et l'instruire, au lieu que, du temps de Charlemagne, les Français, tout barbares qu'ils étoient, servoient eux-mêmes de modèle à toute l'Europe.
Cependant Charlemagne étendoit ses vues par ses courses et ses voyages continuels ; il jugea que les divers pays étoient faits pour s'entre-communiquer leurs richesses et leurs ressources; il ne fut point retenu par la petite idée qu'il seroit peu honorable pour la France d'être instruite et réformée par des étrangers; l'honneur est de s'instruire et de se réformer, n'importe par quels secours. Ce fut du Norique, c'est-àdire de l'Autriche, qu'il fit venir Leidrade, et il le lit archevêque de Lyon. Ce fut en Italie qu'il rencontra le docte Âlcuin, Anglais de naissance, qui avoit, comme lui , étendu son esprit par les voyages ; ce fut aussi d'Italie qu'il attira en France l'Italien Théodulfe, qu'on croit avoir été Lombard de naissance, et qui lui avoit plu par son érudition et par ses lumières. C'est encore un trait qui distingue Charlemagne des autres rois, même protecteurs des lettres : ceux-ci, dans le choix qu'ils faisoient des écrivains sur lesquels
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ils répandoient leurs faveurs , et par lesquels croy oient la patrie honorée, écoutaient, comme ils pouvoient, la voix publique, qu'on n'est guère en état d entendre quand on n'est pas en état de la juger ; Charlemagne connoissoit et jugeoit , et formoit luimême la voix publique. Il travailloit avec Alcuin et Théodulfe , il en fit ses amis et non ses protégés ; il étoit tour à tour leur instituteur et leur disciple. Agé de plus de trente ans, et déjà roi depuis longtemps, il avoit appris la grammaire de Pierre Pisan ou de Pise, maître célèbre qu'il avoit fait venir de PoetaSaxo- Pavie. Alcuin lui enseigna la rhétorique, sans le se-
C^-ol ° M^l* C0U1S ^ e l a( l ue ^ e Charlemagne étoit naturellement 5. très-éloquent; la dialectique, qu'il est toujours bon
Eginard, d'apprendre, mais sans laquelle on raisonne très-bien Magn Cari>1 ^ uan d on a l'esprit juste, et avec laquelle on raisonne très-mal quand on a l'esprit faux; enfin l'astronomie, à laquelle il s'attacha beaucoup , et dans laquelle il surpassa son maître.
Au reste, c'est bien moins par leurs ouvrages, qu'il n'est plus question de lire aujourd'hui, que ces deux étrangers ont été utiles à la France, que par les écoles qu'ils fondèrent, par le plan d'études qu'ils tracèrent, et par le goût des lettres qu'ils répandirent. « Il ne « tient pas à vous et à moi, écrivoit Alcuin à Char- « lemagne, que nous ne fassions, de la France, une « Athènes chrétienne »; car, encore un coup, les lettres ne se séparoient point alors de la religion. Mais le désir de rendre la France chrétienne, prenoit un peu, chez Alcuin, sur le désir de la rendre semblable à Athènes; car il interdisoit à ses disciples la