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donna aussi Fonction sacrée : de là vient peut-être (car les usages établis par les grands princes, ou à leur occasion, sont ceux qui se conservent le plus longtemps), de là vient l'usage d'élire roi des Romains le fils de l'empereur régnant, pour lui assurer l'Empire.
Si l'empereur (nous l'appellerons ainsi désormais) témoigna de la surprise, il témoigna aussi de la satisfaction, et même de la reconnoissance par les présens magnifiques dont il se plut à enrichir cette église de Saint-Pierre où il avoit été proclamé, présens dont Anastase in Anastase le Bibliothécaire s'est plu à faire Fénuméra- Vit Léon 10. tion. G'étoient quantité de vases d'or, une croix de ce même métal, enrichie d'hyacintes, un livre d'évangiles tout brillant d'or et de pierreries, deux tables d'argent massif, l'une pour le service de la basilique, l'autre pour être mise devant le tombeau de saint Pierre. Les princesses, filles de Charlemagne, pour montrer leur satisfaction particulière du spectacle flatteur dont elles avoient joui, firent aussi de magnifiques offrandes-, c'étoient plusieurs vases de grand prix, et une couronne d'or du poids de deux cents livres, ornée de pierres précieuses.
Ces présens, tant de Charlemagne que de ses filles, outre qu'ils prouvent leur contentement, donnent d'ailleurs l'idée d'une magnificence, qu'on explique par la conquête faite sur les Huns de trésors immenses que ceux-ci avoient enlevés à Rome, et Rome à l'univers. Charlemagne les rendoit à Rome. Tous ces présens furent faits le jour même du couronnement après la messe ; on les tenoit donc tout prêts dans attente de cette cérémonie.
Enfin, si Charlemagne étoit sincèrement mécontent
l8 HISTOIRE DE CHARLEMAGJNE.
de la démarche du pape et du zèle du peuple romain , que ne les désavou oit-il ? que ne refusoit-il ce titre d empereur indiscrètement donné? Pourquoi, de ce moment , les actes sont -ils toujours datés à Rome de
empereurs romains? Pourquoi fait- il battre cette monnoie, où l'on voyoit d'un côté son nom avec son nouveau titre d'empereur, et de l'autre celui du pape?
Mais, dira-t-on, si tout avoit été concerté etitre le pape et Charlemagne , pourquoi cet air de surprise et de mécontentement dont parlent tous les historiens? Pourquoi ce petit trait d'hypocrisie , si peu digne d'un si grand monarque?
C'est (en supposant le récit des historiens bien fidèle sur cet article), c'est que le pape avoit son point de vue dans cette affaire, et que Charlemagne avoit le sien, qui étoit tout différent. Le pape voulojt le brouiller avec l'Empire grec; Charlemagne vouloit éviter Cette rupture : elle paroissoit inévitable par la Concurrence des prétentions et des intérêts. Horace sembloit avoir prévu ces inconvéniens, dans cette belle ode où il détournoit Auguste du projet que cet empereur sembloit avoir formé de rétablir Troie, et d'y fixer le siège de l'Empire (0. Constantin avoit fait à peu près ce qu'avoit projeté Auguste , ou plutôt il avoit fait beaucoup mieux, il avoit choisi une situation unique dans le monde, qui commande à la Propontide, au Pont-Euxin, et au Bosphore de Thrace, qui tient à l'Europe et jette ses regards sur l'Asie; il
WJustum et tenacem propos iti virum, etc.
Ode 3." du 3. e livre.
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y avoit bâti la ville qui porte encore son nom. Après la mort de Constantin, il arriva ce qui doit toujours arriver à tout empire trop vaste ; et , ce qui prouve l'abus des grands empires, l'Empire romain fut divisé. Il l'avoit déjà été avant Constantin, entre Dioclétien et Maximien, qui, trouvant encore leur portion du fardeau trop pesante, l'avoient partagée de nouveau , entre Galérius et Constance - Chlore , père de Constantin. Sous les successeurs de Constantin, la division fut marquée par les deux capitales, Rome, del'Occi* dent, Constantinople, de l'Orient, Rome conserva son droit d'aînesse, et fut la capitale de l'Empire romain proprement dit; l'autre fût l'Empire grec. L'Empire romain tomba le premier ; l'Empire grec alors voulut lui succéder, comme un frère puîné succède à son frère. Les victoires de BéKsaire et de Narsès, sous Justinien et Justin II, donnèrent du poids à cette prétention- L'Empire grec soumit une partie de l'Italie^ et Rome même à qui ce titre d'Empire et d'Empire romain faisoit supporter plus patiemment le joug des Grecs, que celui des conquérans barbares qui l'avoient successivement soumise; mais les vrais successeurs de l'Empire d'Occident avoient été d'abord les Hérufes, ensuite les Goths, puis les Lombards, et enfin les Français. On prétend que Rome avoit conservé, depuis les Tarquins, son ancienne aversion pour le titre de rois , et que celui d'empereurs lui plaisoit davan-> tage, quoiqu'assurément elle eût beaucoup moins souffert de la tyrannie de Tarquin , que de celle de tant d'empereurs qui n avoient conservé que la Jigutâ d'hommes : tant les préjugés nationaux sont difficiles à détruire! Ce fut, dit-on, une des raisons qu'ôinploya
le pape auprès de Charlemagne, pour l'engager à recevoir du peuple romain ce titre d'empereur : « Juste qu'à présent, lui dit-il, vous n'avez succédé qu'à la « puissance des Lombards, des Goths et des Hérules, « qui n'avoit point l'aveu du peuple romain ; il s'agft « de succéder, de l'aveu de ce peuple, à la puissance « des empereurs romains. Rome alors sera véritablece ment soumise, et se croira libre ».
Mais si l'Empire romain étoit rétabli , le premier devoir du nouvel empereur sembloit être de lui rendre ce qui restoit encore de l'Italie à conquérir ; c 'étoit ce qu'espéroit et désiroït le pape : mais Charlemagne, encore un coup, avoit des vues bien différentes ; il jugeoit qu'il avoit assez d'ennemis, l'abus des conquêtes commençoit même à se faire senjtir à son ame éclairée : nous avons vu, d'ailleurs, que la Germanie étoit l'objet dont il s'occupoit toujours par préférence, et auquel il sacrifioit les affaires de l'Italie et de l'Espagne. Il prévoyoit les alarmes que ce renouvellement de l'Empire romain alloit répandre dans l'Empire grec 5 il voyoit naître de ce titre d'empereur d'Occident, des guerres sanglantes et des haines éternelles : d'un autre côté, ce titre flattoit son orgueil, il sembloit légitimer et consacrer ses conquêtes , et l'autoriser à des conquêtes nouvelles; c'étoit un noble et digne prix de ses travaux. Charlemagne étoit sans doute très- combattu, et nous ne serions point surpris qu'à la première proposition que le pape lui fit de cette affaire, son premier mouvement eût été un refus et un refus sincère ; mais du moment où il se détermine à passer en Italie, il est évident que son parti étoit pris d'accepter, non pas pourtant dans le même
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esprit où le pape lui faisoit cette offre : le pape, ministre de paix, vouloit et proposoit la guerre; Charlemagne , guerrier et conquérant , désabusé enfin de la guerre et des conquêtes , ne respiroit plus que la paix : il n'accepta que parce qu'il sentit qu'il dépendront toujours de lui, et de lui seul, de faire valoir ou de négliger les droits résultant de son nouveau titre, et qu'il entrevit des moyens d'entretenir la paix , en réglant à l'amiable , et par la voie de la négociation , les droits des deux Empires. Nous ne voyons pas en effet qu'il se soit livré un moment aux vastes idées , aux grandes entreprises que ce titre de successeur des Césars et d'empereur romain, élu par les Romains mêmes, sembloit devoir lui inspirer.
Les bienfaits de Charlemagne envers le saint Siège, et l'autorité qu'il exerçoit dans Rome avant même d'être empereur, ont donné lieu à des fables et à des prétentions contradictoires. Les papes ou leurs partisans indiscrets ont imaginé après coup une prétendue donation de Constantin, que Pépin et Charlemagne , selon eux , n'avoient fait que confirmer et qu'étendre ; et au lieu que dans l'origine l'élection des papes étoit confirmée par les empereurs français, comme elle l'avoit été auparavant par les empereurs romains, et même par les empereurs grecs, ce furent les papes qui , dans la suite , voulurent confirmer ou même concéder la dignité impériale , qui auroient voulu disposer même de la couronne de France, et en général asservir toutes les couronnes à la tiare. Les impérialistes ont eu aussi leurs fables et leurs prétentions exagérées. Ils ont conté qu'en 774, après la réduction de la Lombardie, Charlemagne avoit fait
tenir à Rome un concile de cent cinquante-trois évê* ques, où on lui avoit accordé le droit, non pas de confirmer, mais d'élire le pape. Il paroît que c'est une équivoque fondée sur la convention par laquelle les papes s'engagèrent à n'entrer en possession de leur temporel qu'après avoir obtenu l'agrément des enrw pereurs, rois de France ; il est cependant parlé de ce droit dans le décret de Gratien , et précédemment encore dans Sigebert et dans Walthram, évcque de JVaumbourg, et postérieurement dans Sigonius. Cette tradition s'est long-temps conservée en France : on trouve dans les Mémoires de Gastelnau un discours du chancelier de l'Hôpital à Charles IX, dans lequel il lui dit que les rois ses prédécesseurs ne seroient jamais excusés d'avoir laissé perdre un des plus beaux droits de leur couronne, celui de nommer à la papauté , si justement acquis à Pépin et à Charlemagne.
On conserve en original dans les archives de la ville de Beauyais, un discours de Henri IV, tenu le a août i5o4, aux députés de cette ville. En voici les propres termes : « J'accuse mes prédécesseurs d'une grande « lâcheté d'avoir laissé perdre ce beau titre d'être le v pilier du chef de l'Eglise , et la première nomi- « nation qu'ils avoient anciennement du saint père à « Rome ».
Mézerai dit expressément que le pape Adrien et les évêques accordèrent à Charlemagne le pouvoir de donner l'investiture « des évêchés, et même de nom- « mer les papes, pour ôter les cabales et les désordres « qui se faisoient dans l'élection ».
Le Rlanc ne s'éloigne point de cette opinion, dans la savante Dissertation placée à la suite de son Traité