LITRE 3 , CH AP. 4» I
et les ténèbres et le chaos ont précédé Tordre et la lumière dans l'opinion de tous les peuples.
Nous trouvons dans la vie de saint Sturme, l'un des disciples de saint Boniface, et l'un des apôtres de la Germanie, fondateur des abbayes d'Hirsfield et de Fulde, un usage dont nous n'apercevons point du tout l'analogie. C'étoit une façon particulière de témoigner qu'on pardonnoit une injure. Lorsque Pépin rendit son amitié à saint Sturme, il jeta, pour gage, un fil VîtS.Stann. de son manteau par terre, et ce signe, entendu alors J^*^*^^] de tout le monde, annonçoit que l'ancienne inimitié 4,9. étoit pour jamais éteinte. Tollensque de manu sud de pallio suo filum , projecit in terram , et dixit : Ecce in testimonium perfectœ remissionis filum de pallio meo projicio in terram , ut cunctis pateat qubd pristina deinceps adnullelur inimicitia.
Nous trouvons dans la vie de saint Benoît, abbé Vit.S.Brd'Aniane, fils du comte de Maguelone, un autre usage beaucoup plus aisé à comprendre, et qui paroît avoir deaHisu t. 5, commencé avec la monarchie , car nous le voyons p- 4 56 établi sous la première race; nous le voyons aussi con- ^j'p^^ tinuer sous Pépin et sous Gharlemagne : c'est que les desHist. t.5, seigneurs français s'empressoient de faire élever leurs P- 5 Nenfans dans le palais du roi , et de les attacher à son service, dans l'espérance que ces enfans obtiendroient plus aisément dans la suite quelque emploi. Saint Benoît fut ainsi élevé auprès de la reine Berthe, et devint échanson de Pépin et de Charlemagne. Le fameux Angilbert, dont nous avons tant parlé, avoit aussi été, dès sa plus tendre enfance, élevé dans le palais* du roi.
Dans l'acte de partage de l'an 806 , Charlemagne
l5d HISTOIRE DE CHARLEMAGNE.
déclare que les hommes de chacun des royaumes de ses fils ne pourront pendre dés terres en bénéfice, c est-à-dire en fief (car c'est la même chose sous des noms différens ) dans les autres royaumes , et il excepte formellement de cette disposition, les biens héréditaires, qu'il oppose par-là aux bénéfices, qui étaient révocables, et qui d'ailleurs netoient qua vie , lors même qu'ils n'étoient pas révoqués. On sent la raison de cette lot et de cette différence. Les fiefs , et les fiefs seuls , emportant la prestation de serment et l'obligation du service militaire, en prendre dans plusieurs royaumes, c'eût été servir deux maîtres qui pouvoient devenir ennemis.
Plusieurs capitulaires de Charlemâgne nous apprennent que les Français ne quittaient leurs armes que lorsqu'ils alloient à l'église.
Les armes, qui avoient d'abord été assez légères chez les Francs , étoient devenues pesantes du temps de Charlemâgne, comme rl paroît par les capitulaires, par les romans, et par la description détaillée que i- donne le moine de Saint-Gall , des différentes pièces EL^a7o b L de rarmure de Charlemâgne. Ce changement, chez M. 1. a , c. rô! une nation militaire , ne pouvoit manquer d'avoir une RecdcsHis- grande influence sur le droit public, elle décida de T/i**ïiï' t la majorité féodale. Les premiers rois mérovingien* i3a. étoient majeurs à quinze ans, parce qu'ils étoient dès-
lors en état de porter les armes ; lorsqu'une armure plus pesante exigea des tempéramens plus formés, les rois ne furent plus majeurs qu'à vingt-un ans, jusqu au temps où Charles V, par des raisons plus polkiq« eS que guerrières, fixa leur majorité à quatorze ans. Un ancien auteur de la vie de Louis le Débonnaire,