‹ Histoire de CharlemagneChapitre 68 sur 108 · LIVRE 3, CHAP · texte numérisé non relu

LIVRE 3, CHAP

utrumque abominabile est apud Deum. Poids et poids, mesure et mesure , l'un et l'autre est abominable devant Dieu.

Les principes d'administration ne pouvoient être alors ni bien purs ni bien profonds ; ils n'avoient pas été assez médités : celui de la liberté inde'finie du commerce, encore aujourd'hui contesté, n'étoit pas même connu alors. Le prix du blé étoit taxé; le roi faisoit des magasins pour l'approvisionnement de ses sujets. Nous ne rapportons point ce fait pour l'approuver ni pour le blâmer; nous le rapportons pour observer que Charlemagne faisoit distribuer le blé aux pauvres à la moitié du prix fixé. Cet arrangement suppose que la distinction des pauvres et des riches étoit réglée de façon à ne laisser aucun lieu à l'arbitraire. Charle- Capitulais magne défendoit aussi de vendre les vivres plus cher J"P Iex > an °-

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dans les temps de disette, et le prix, non-seulement ti,p. 464.'

des vivres, mais même des étoffes, étoit taxé en tout

temps.

C'est beaucoup qu'en parlant de ces temps de guerre, on puisse prononcer les noms de commerce et de manufactures; on voit dans plusieurs Diplômes d'immunités accordées à l'abbaye de Saint-Denis par les rois Pépin le Bref, Charlemagne, et Carloman son frère, que les foires de Saint-Denis étoient fréquentées par des marchands saxons et frisons; ils venoient y vendre des manteaux, qui étoient alors d'un usage assez général ; ceux de ces manteaux qui se fabriquoient chez les Frisons, étoient les plus recherchés ; c'étoit alors une manufacture célèbre.

Charlemagne est le premier de nos rois qui ait fait gJJ* 0 "'^ a ™" des lois somptuairesj nous n'examinerons point en- 14. 2. 11

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core s'il faut faire des lois somptuaires, ni s'il faut réprimer ou encourager le luxe; il y a sur ce point , entre les idées antiques et les idées modernes, un combat qui ne sera pas si tôt terminé. Nous observerons seulement que, dans tous les temps, les lois somptuaires ont été impuissantes, parce que dans tous les temps elles ont été directement contre leur but. On réservoit pour les princes et pour les grands (c'est-à-dire pour ceux que tant d'avantages ou réels ou d'opinion distinguoient déjà des autres citoyens) la petite et frivole distinction de briller aux yeux par la magnificence des habits; dès -lors on donnoit un grand prix dans l'opinion publique à cette distinction puérile; on humilioit ceux qui en étoient privés; il devoit y avoir un effort général pour se soustraire à une loi qui gênoit la liberté et blessoit la vanité s aussi toutes ces lois restèrent-elles sans exécution. Il n'y a qu'un moyen d'attaquer le luxe avec succès, s'il faut l'attaquer : c'est que les rois et les grands donnent l'exemple de la simplicité qui convient seule à des hommes, et laissent les pompons aux enfans; qu'ils rendent la magnificence ridicule , et la proscrivent non par des lois mais par les mœurs.

Charlemagne étoit toujours habillé à la française, et avec la plus grande modestie, excepté dans les occasions d'éclat. Son habillement ordinaire différoit peu Mon. San- de celui du peuple. Mézerai et l'abbé Velly se sont 11. L i , c. p i u à décrire , d'après Eginard et le moine de Saint- Gall, « son pourpoint de peau de loutre, posé sur une « tunique de laine, son sayon de couleur bleue, etc. Ce qu'il y a de certain, c'est qu'il étoit simple par choix et par goût autant que par principe, et que le luxe

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