LIVRE 3, CHAP. 4- ï
« en prendre un autre. Charlemagne, souriant, lui « répondit : J'ignorois qu'il fallût deux bonnets ou a capuces pour une seule tête (0 ».
Cette réponse n est-elle pas plutôt une plaisanterie qu'un trait d économie ou de parcimonie, comme lappelle M. Lancelot?
Charlemagne n'avoit pas moins d eloignement pour le luxe de la table, que pour celui des habits. Quoiqu'il mangeât toujours avec sa nombreuse famille, on ne lui servôit jamais que quatre plats, outre le rôti. On pourroit cependant trouver quelque luxe, au moins d'étiquette, dans l'histoire suivante que rapportent les légendaires. Les jours de jeûne, disent -ils, Charlemagne dînoit à deux heures après-midi, contre l'usage commun, qui étoit de ne dîner qui trois heures. Un évêque parut scandalisé de ce léger relâchement,; . Charlemagne lui dit qu'il avoit raison, mais il lui ordonna de jeûner jusqu'après le dîner des derniers officiers du palais. Or, il y avoit cinq tables consécutives. Les princes èt les ducs servoient l'empereur, et ne mangeoient qu'après lui. Les comtes servoient les ducs, et étoient, à leur tour, servis par des officiers inférieurs; de sorte que la dernière table ne finissoit que bien avant dans la nuit. Ainsi l'évêque eut lieu de juger que l'empereur avançoit l'heure de son dîner par une juste condescendance pour ses officiers ; mais nous ne savons si cet argument étoit sans réplique. Il semble qu'un si zélé partisan du jeûne eût pu dire à l'empereur : « Ayez quelques tables de « moins, et dînez plus tard ; c'est à votre cérémonial
(0 Ignorabam solo capiti duo necessaria fore veUmina.
l66 HISTOIRE DE CHARLEMAGîïE.
« à respecter la loi du jeûne, et non pas à la loi du « jeûne à se plier à votre cérémonial ».
Au reste, pour se faire une idée exacte de l'économie de Chàrlemagne, il faut voir à quelle grandeur Esprit des elle étoit jointe. « Il ordonnoit, dit M. de Montes- Chlrî * IP1, w < I mel1 ? <ï u ' on vendît les œufs de ses basses-cours, et Capital de « ks herbes inutiles de ses jardins ; et il avoit distribué Willis, de « à ses peuples toutes les richesses des Lombards, et an ° 0 ' <c les immenses trésors de ces Huns , qui avoient dé- « pouillé l'univers ».
. « Un père de famille, dit le même auteur, pourroit « apprendre, dans ses lois, à gouverner sa maison. « On y voit la source pure et sacrée d'où il tira ses « richesses ».
Une ordonnance de Chàrlemagne interdit expressé- . ment la mendicité vagabonde , et impose à chaque ville l'obligation de nourrir ses pauvres , avec défense expresse de rien donner à ceux qui refuseroient de travailler (0.
L'abus de cumuler les emplois et les grâces avoit été réformé par Chàrlemagne ; il pensoit qu'un seul emploi suffit à qui veut le bien remplir, et qu'une seule grâce doit suffire à chacun , pour que le prince puisse faire un plus grand nombre de contens et d'heureux. Il ne donnoit à chaque comte qu'un seul Mon. San- comté. Les évêques n obtenoient point d'abbayes ni galL L i, c. d'autres bénéfices, excepté dans des cas très-rares, et pour des raisons très-fortes.
Le grand et inconcevable talent de Chàrlemagne
(0 Mendici per regionemvagari non permittantur Sua quœque civitas pauperes alito, Mis que, nisi manibus operentur , quicquam dato.