‹ Histoire de CharlemagneChapitre 73 sur 108 · LIVRE 3, CHÀP. 5. IJ · texte numérisé non relu

LIVRE 3, CHÀP. 5. IJ

vu qu*aucun de ses prédécesseurs n'avoit pu soutenir long-temps les fatigues d'une vie toute consacrée aux armes , et que presque aucun n avoit même approché du terme où parvint Chariemagne. On le voyoit décliner, et le peuple qui croit le ciel sans cesse occupé à présager les malheurs de la terre, s en prenoit au* astres et surtout aux éclipses, dont il ne oonnoissoit pas les causes aussi bien que Chariemagne, et qui faisoient trembler même \ astronome Louis le Débonnaire son fils. On les trouvoit plus fréquentes depuis que Chariemagne nétoit plus jeune, parce qu'on les remarquoit davantage. On avoit vu distinctement une flamme descendre du ciel sur Chariemagne, en passant de sa droite à sa gauche, tuer son cheval et le renverser lui-même. Cette flamme étoit visiblement le feu du tonnerre, et bien loin que ce fût un présage sinistre, ce toit un grand bonheur, qu'en tuant le | cheval, il eût épargné le cavalier. Le tonnerre étoit ! tombé aussi sur la chapelle d'Aix , et avoit abattu un globe d'or, dont le dôme étoit orné. La belle galerie, qui faisoit la communication de la cliapelle et du palais, étant apparemment d'une construction peu solide, s'étoit écroulée tout-à-coup. Depuis cet accident, on croyoit toujours sentir, dans l'appartement de l'empereur, une espèce de tremblement, et entendre un bruit comme d'un édifice qui menace ruine. Le feu prit au pont de Mayence, et consuma en trois jours ce monument de dix années de travail , ouvrage | de Chariemagne, qui avoit, disent les historiens, cinq cents pas en longueur (0. On lisoit dans la chapelle

W Est-ce le pas ordinaire, de deux pieds et demi ou trois pieds,

in* HISTOIRE DE CHARLEMAGNE-

Bollandus, d'Aix, une inscription qui portoitle nom du fondateur r tL. a8 m ' Cnarles Prince; ce dernier mot disparut quekpies mois avant la mort de l'empereur, soit que le tonnerre , qui étoit tombé sur le dôme, l'eût effacé, soit que la poussière, provenue du renversement de la galerie, l'eût entièrement couvert. Ce présage parut le plus fort de tous, il annonçoit que la couronne alloit être transférée. L'archevêque de Reims, Turpin, prétendit avoir eu , en disant la messe, une révélation formelle de la mort prochaine de l'empereur ; du moins le faux Turpin le lui fait dire dans la Chronique qu'il a mise sous son nom.

Cependant Charlemagne, qui sentoit en lui des présages beaucoup plus forts , et une révélation beaucoup plus certaine, n'en poursuivoit pas moins le cours de ses paisibles études ; il s'occupoit du soin d'épurer le texte de l'Ecriture sainte (0 ; il en revoyoit divers exemplaires avec des Juifs et des Syriens , gens instruits , lorsqu'il fut saisi d une fièvre qui l'emporta en sept jours; il demanda les sacremens, et mourut en prononçant cette prière, qui exprime la confiance d'une ame chrétienne. In manus tuas, Domine, commando spirilum meum. Il mourut le a8 janvier BijJ,

ou bien le pas géométrique, ou le pas allemand ? Les auteurs du tempsde Charlemagne n'entrent point dans ces explications.

C 1 ) On conserve à Rome, dans la bibliothèque des Oratoriens , un exemplaire de la Bible , ainsi revue par Charlemagne. Baronius prétend que cet exemplaire a beaucoup serti pour la dernière correction de la Vulgate. Lambécius dit que de son temps on conservoit, dans la bibhothéque de l'empereur, une explication manuscrite de Tépître aux Romains, corrigée de la main de Charlemagne. Lamb.Bibliot. L a. «.5k

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la soixantè et douzième année de son âge, la quarante-huitième de son règne, la quatorzième de son Empire.

Il est enterré à Aix-la-Chapelle, dans la magnifique chapelle qu'il avoit bâtie.

11 portoit un cilice, genre de mortification alors très -usité, et qui ne signifie pas tout ce qu'il peut annoncer à des siècles de relâchement et de mollesse.

Dom Mabillon, dans son Discours sur les anciennes Mém. de sépultures de nos rois , fait de la pompe funèbre de j^*^!' Charlemagne, d'après Eginard et le moine d'Angouleme, une description qui peut plaire à ceux qui aiment ces sortes de détails, en leur retraçant des usages antiques, d'ailleurs indifférons.

« Son corps fut embaumé et mis sous une voûte, ce assis sur un siège d'or, revêtu des habits impériaux, « et au-dessous (par-dessous) d'un cilice qu'il portoit « ordinairement ; ay an t à son côté une épée dont le pointe meau et la garniture du fourreau étoient d'or , -et une f< bourse de pèlerin , qu'il avoit coutume de porter lors- « qu'il alloit à Rome. Il tenoit entre ses mains le livre « des Evangiles écrit en lettres d'or. Sa tête étoit ornée « d'une chaîne d'or en forme de diadème, dans laquelle « étoit enchâssée une portion de la vraie croix, et son « visage étoit couvert d'un suaire. Son sceptre et son « bouclier, qui étoient tout d'or et avoient été bénis « par le pape Léon III, furent suspendus devant lui. « On ferma ensuite, on scella même son sépulcre, « après l'avoir rempli de beaucoup de richesses, the- « sauris muftis, et de toute sorte de parfums; et l'on

« érigea au-dessus une arcade dorée avec cette inscrip- « tion, rapportée par Eginard son secrétaire ». Sub hoc conditario situm est corpus Karoli Magni i atque orthodoxi Impératoris j qui regnum Francorum nobiliter ampliavit , et per annos 47 féliciter rexit. Decessit septuagenarius , anno ab incarnatione Domini 8i4, Indictione seplimd. 5.° KaL Februarias»

Cette épitaphc, selon l'esprit du temps, qui subsisté encore , loue Charlemagne d'avoir agrandi l'Empiré français ; c'est louer les conquêtes. Elle le loue aussi de l'avoir gouverné heureusement pendant quarantesept ans; ce dernier éloge suflisoit. « C'est, continue « dom Mabillon, la première épitaphe que nous trou- « vions de nos rois » ; car l'inscription gravée après coup sur le tombeau de Pépin, Ci gît le pere de Charlemagne, est bien plus le loge du fils que celui du père. '

Charlemagne est le premier de nos rois, qui, sur ses monnoies, ait employé ces mots : Gratid Deirex, roi par la grâce de Dieu. Il est le dernier qui ait pris la qualité d'homme illustre, Vir inluster. Il prenoit aussi la qualité de patrice des Romains ; il la prenoit, avant qu'il fût empereur, après celle de roi des Fran- Borjon,dign. çais et des Lombards. Il est le premier prince du Um P° r - monde qui ait été honoré du titre de majesté, et ce n'est que depuis le synode de Vormes, tenu, à ce qu'on croit, vers Tan 8o3, que ce titre a été donné aux rois.

Charlemagne , dans son édit pour la correction de la loi des Lombards , rapporté par Baluze sous Tannée 8oi, date des années de son consulat, consulatûs

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autem no s tri primo ; il comptait apparemment avoir ilist. de l'A* pris le consulat avec l'Empire. Louis le Débonnaire ^ roy - d,s

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et 1 empereur Lot liai rc son fils eurent aussi le même Lettr u3jP# usage, et ce consulat étoit toujours de même date que a5 7l'Empire»

Dans plusieurs églises particulières, Charlemagne est invoqué comme un saint. A Metz, et dans d'autres villes, on fait tous les ans un service pour le repos de son ame

L'empereur Frédéric Barberousse fit canoniser Charlemagne le ng décembre n65, par l'antipape Pascal III, et le roi Louis XI ordonna, en i47^, d'en célébrer la fête le 28 de janvier. Si la sainteté de Charlemagne n'avoit pour garans qu'un antipape et qu'un mauvais roi, ce seroit un titre contre elle : mais les papes légitimes n'ayant point réclamé contre sa canonisation, sont réputés l'avoir confirmée; et Charlemagne a mérité, à beaucoup d'égards, de servir de modèle aux meilleurs rois.

On a composé des Traités : De sànclitate meritorum et glorid miraculorum beati Caroli Magni , ad honorera et laudem nominis Dei. De la sainteté des mérites , et de la gloire des miracles du bienheureux Charlemagne. Ses plus grands miracles ont été tout profanes. Ceux qui sont rapportés dans Bollandus ne sont ni avérés ni importans. Robert Gaguin, qui écri- Art.Gaguin, voit dans un temps où on croyoit facilement aux mi- ™J^ u p; N £ racles, doute de ceux de Charlemagne, et ne les juge C eron,p. 14. pas confirmés par la critique. Il mande en confidence à un ami, qu'il a peine à concilier la vie du saint avec l'histoire du monarque, et qu'il ne peut se ré-

êoudre à envoyer une collecte qu'on lui avoit apparemment demandée pour être insérée dans l'office de ce saint roi; il prévoit que cette fête, que Louis XI veut qu'on célèbre si solennellement , sera peut-être un jour totalement abolie. On conçoit que Charlemagne devoit être le héros de François I ; mais il ne devoit pas être le saint de Louis XI.

Les Etats de Tours , tenus en 1 384 > disoient à Charles VIII son fils : « On loue saint Charlemaigne, « qui édifia autant d'églises qu'il y a de lettres en « TA B C : mais il est trop plus loué et à louer, de « ce que bien il ordonna les légendes, le chant et les « dévotes cérimonies des églises de France, et réforma « la vie et les mœurs des gens d'église. Non pas qu'il « fist les décrets, les canons, et les ordonnances de « la réformation de l'Eglise, mais ainsi que le grand « Constantin présida au concile de Nicène, non pas « pour faire les reigles et les articles de la foy, mais « pour les recevoir en toute révérence des saincts « Pères, qui là estoient, et les faire observer en toute « diligence, sans quelque cnfrainte : ainsi réforma « l'Eglise le glorieux Charlemaigne , en recevant les « saincts décrets, en les faisant observer et ordonner ce comme il appert au livre que on appelle le Mar- « tyrologe, parte primd; lequel on lit chaque jour « à prime par toutes les églises cathédrales de ce « royaume ».

Le hasard avoit fait naître, à peu près dans le même temps que Charlemagne, Àaron Rachid, le seul homme peut-être qui puisse lui être comparé, et il les avoit placés à une assez grande distance l'un de

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