PREMIÈRE QUESTION
avoit rapporté un trait qui avoit dû frapper surtout un secrétaire, en rendant son ministère plus utile; Hincmar, au nom d'un concile, proposoit à Louis III l'exemple de son trisaïeul sur un point important, et se bornoit à cet objet de sa mission.
Ajoutons qu'Eginard n'a point dit que Cbarlemagne ne sut point écrire, et que s'il l'avoit dit, il auroit été en contradiction avec lui-même d'une manière bien grossière, puisqu'il nous parle d'ouvrages écrits ou corrigés de la main de Cbarlemagne. Cette seule considération auroit dû empêcbcr les critiques de donner une trop grande étendue aux termes d'Eginard, sur cette difficulté d'écrire qu'il attribue à Cbarlemagne.
A l'égard des connoissances de ce prince, c'est Eginard lui-même qui nous en donne la plus baute idée, et qui en rapporte le plus de détails.
Si donc il faut absolument avoir une opinion sur la question si Cbarlemagne savoit ou ne savoit pas écrire , nous adoptons l'avis de M. l'abbé Le Bœuf, comme le plus conforme aux termes d'Eginard ; nous trouvons ,* comme lui , qu'il étoit fâcheux qu'un si grand prince n'eût pas la facilité de former prompteraent une écriture courante, qui eût été pour lui un moyen de plus, et un moyen toujours présent de fixer ses idées et de répandre l'instruction ; mais nous ne voyons rien dans les termes d'Eginard qui conduise à tirer cette conséquence rigoureuse que Charlemagne ne savoit pas écrire, conséquence démentie en d'autres endroits par Eginard lui-même ; nous n'y voyons rien surtout qui autorise à révoquer en doute le témoignage universel de l'Histoire sur les connoissances et les lumières de Charlemagne*
JDoil-on regarder Charlemagne comme le fondateur
de V Université de Paris ?
Du Boulay a traité cette question avec le plus grand DuFoulay, luxe d'érudition (0 ; il reprend les choses de très- Hisior. Uni- ] îail t, il remonte aux anciennes écoles, universités, \ers. ans. aca( j e ' m j es ^ co lléges, etc. établis dans les Gaules, sans trop distinguer les temps fabuleux et les temps historiques ; il parle d'abord du collège des Samothées, prêtres ou professeurs institués par Samothès, premier roi des Gaules, fils ou frère de Gomer, et petit-fils de Japhet, fils de Noé; du collège des Sarronides, fondé par Sarron, troisième roi des Gaules, et fils de Magog, petit-fils de Samothès; du collège des Bardes; de l'école des Druides, prêtres et docteurs plus célèbres que connus; il expose au long leur doctrine, leur religion, leurs sacrifices, leur législation, leurs privilèges.
Il passe à des écoles plus connues, et dont l'histoire est moins mêlée de fables; l'école de Marseille, celles d'Autun, de Narbonne, de Toulouse, de Bordeaux, de Trêves, de Besançon , de Poitiers, de Clermont en Auvergne, de Lyon , du temps des Romains : il ne prétend pas à moins qu'à exposer tout ce qui concerne le gouvernement de ces anciennes écoles,
(0 Ou peut voir, sur le même sujet, le Traité des Ecoles de Cl. Job' , Pasquier , Loisel, l'Histoire littéraire de la France par les Bénédictins , l'abbé Le Bœuf, état des Sciences sous Charlemagne.
les maîtres, les examens qu'ils subissoient, les honoraires qu'ils recevoient, les privilèges dont ils jouissoient, les écoliers, les pensionnaires, les boursiers; il trouve toujours entre ces anciennes écoles et les universités établies si long-temps après, la plus grande conformité.
11 parle ensuite des écoles que les moines tinrent dans leurs couvens et les évêques dans leurs églises , pour remplacer ces anciennes écoles qui avoient péri sous les ruines de l'Empire romain, lorsque celui-ci avoit été détruit dans les Gaules. S'il y eut de semblables écoles dans Paris, comme on ne peut guère en douter, elles eurent peu de célébrité, du moins Id. ïbid. elles -n'égalèrent jainais celle de ces anciennes écoles de Marseille , d'Autun , de Lyon , etc. : les guerres continuelles de ces barbares Mérovingiens, et des au* teurs de laracecarlovingienne, firent disparoître toute école et toute étude.
Charlemagne rétablit l'empire des lettres, et fonda l'Université de Paris; car c'est Charlemagne, selon Du Boulay , qui en est le véritable fondateur, rien ne lui paroi t plus certain : tam certum est, dit-il, quàm (juod cerlissimum ; et il ne conçoit pas comment quelques savans ont voulu renvoyer aux temps de Louis le Jeune et de Philippe-Auguste la fondation de ce corps.
Du Boulay distingue deux espèces d'écoles instituées par Charlemagne ; celles qu'il appelle vulgaires et • privées, et que Charlemagpe renouvela plutôt qu'il ne les institua. Ce sont ces écoles qu'il fit établir partout dans les monastères, les cloîtres des chanoines, et les maisons épiscopales : il y en avoit déjà eu avant