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lui, mais en trop petit nombre pour suffire à l'instruction publique, et d'ailleurs elles n'existoient plus de son temps; il paroît que, selon les idées un peu confuses de Du Boulay , l'objet principal de ces écoles étoit de former des ecclésiastiques, et on n'y enseignoit guère que les sciences relatives à cet objet
Mais il falloit former des savans de tout état, instruire tous ceux qui vouloient être instruits, enseigner tout ce qui pouvoit être enseigné. Pour remplir cet objet plus vaste, il fonda, dans son palais, cette école ou ce corps littéraire, qui nous paroît une véritable académie, sur le modèle de laquelle les académies postérieures ont été formées , et qui paroît à Du Boulay une université, et l'Université de Paris. Le nom $ Académie, qui signifie en général un lieu d'exercice , en particulier un lieu d'exercice consacré aux arts et aux sciences, ce nom qu'on donne en conséquence à l'Université, prête ici à l'équivoque.
Cette Académie ou école publique, qu'on nomma Université, parce qu'on y enseignoit Universa Universisj n'étoit elle-même, si l'on veut, que renouvelée, car on trouve, sous la première race de nos rois , des vestiges d'une école tenue dans leur palais, où la jeune noblesse se formoit, et acquéroit les connoissances nécessaires aux places qu'elle étoit destinée à remplir un jour ; mais celui qui donne la consistance et la perpétuité à des établissemens ébauchés , et qui n'avoient pu subsister, peut bien passer pour inventeur. m
Selon le même Du Boulay, Charlemagne, qui avoit J institué une multitude de petites écoles, n'institua que trois grandes écoles ou universités ; savoir , celle
de Paris vers Tan 790, et deux autres, Tune à Pavie, lautre à Bologne, vers Fan 80 1.
Il observe des différences essèntielles entre les petites écoles, cachées, pour ainsi dire, dans l'ombre des cloîtres et des maisons épiscopales , et ces grandes écoles qu'il appelle universités. Dans les premières , on n'enseignoit que quelques sciences choisies et relatives à un objet particulier ; dans les secondes 011 enseignoit tout <;e qui étoit susceptible d'être enseigné, jomne scibile , c'est-à-dire le peu et le très-peu que l'on savoit alors. Les petites écoles se trouvoient partout et en grand nombre; les grandes dans des lieux choisis , et au nombre de trois seulement. Les petites écoles pouvoient être fondées sous l'autorité du roi par des évêques, des chanoines, des moines; les grandes écoles ou universités ne pouvoient l'être que par des papes, des empereurs, des rois. Les petites^ écoles n'avoient point de privilèges ; Charlemagne en accorda aux grandes, nommément à l'Université de Paiis, fait plutôt allégué, plutôt appuyé par Du Boulay sur des conjectures plus ou moins plausibles, que prouvé par des titres formels. En effet, on ne f rapporte point de privilèges accordés à l'Université avant Philippe-Auguste et Tan 1200. Enfin, l'administration des petites écoles étoit très-simple, celle des universités très- compliquée : il leur falloit une foule d'ofliciers, recteurs, chanceliers, conservateurs des privilèges, doyens, procureurs des facultés et des nations, procureur-général > questeur, scribe, appariteurs ou bedeaux, et autres suppôts supérieurs ou subalternes , dont Du Boulay , qui aime à remonter très-haut en matière d'institutions , rapproche , autant
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qu'il peut, la création, du temps de Charlemagne.
Du Boulay, pour établir par l'autorité ce qu'il a d abord établi, pour ainsi dire, par raisonnement et par .induction , savoir, que Cliarlemagne doit être regardé comme le fondateur de l'Université de Paris, rassemble tous les témoignages favorables à son opinion, et les distribue en trois âges, dont le premier commence vers l'an 790, et s'étend jusqua Fan 1200. Le second comprend les treizième et quatorzième siècles, jusqu'à l'an i/joo, et le dernier s'étend depuis i4oo jusqu'au temps où Fauteur écrivoit, c'est-à-dire jusqu'à Louis XIV, à qui Du Boulay dédie son ouvrage, qu'il termine cependant à l'an 1600.
Les principaux écrivains div premier âge sont Eginard , Alcuin , contemporains ; le moine de Saint» Gall, Henri, 43'vêque d'Auxerre, tous deux du temps de Charles le Chauve; le rédacteur des actes du sixième concile de Paris, tenu en 829 ; le rédacteur de ceux du concile de Quiersy, tenu en 858, etc. Tous ces auteurs s'accordent sur l'amour de Cliarlemagne pour les sciences, sur son zèle pour répandre l'instruction et perfectionner l'esprit humain , sur la fondation qu'il fit de diverses écoles et d'une académie dans son palais, qui sera, si l'on veut, l'Université : mais pour rendre ces auteurs entièrement favorables à son opinion, il en coûte à Du Boulay quelques inductions, quelques interprétations , et quelques conjectures.
La plus forte de ces autorités est celle d'Elinand, qui écrivoit à la fin du douzième siècle, sous le règne de Philippe-Auguste, dont il étoit connu et chéri, et qui attribue formellement à Cliarlemagne l'honneur d'avoir institué l'Université : si cet honneur, comme
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ôn le prétend, eût appartenu à Philippe- Auguste ou à Louis VII son père, Elinand eût-il tente' de le leur enlever > Cet argument a de la force ; et ce qui n'en a peut-être guère moins, c'est que Philippe* Auguste, dans le diplôme de iapo, par lequel il accorde des privilèges à l'Université, ne réclame, ni pour son père, ni pour lui-même, l'honneur d'avoir fondé ce corps. Au reste, à l'exception du seul Elinand, tous les autres auteurs du premier âge peuvent favoriser l'opinion de Du Boulay , mais ils ne la confirment pas expressément.
Il en est de même des principaux auteurs du second ou moyen âge; Vincent de Beau vais (1240), l'allemand Jordain ( 1278), dans son livre de la translation de l'Empire romain , Guillaume de Nangis (1281), Brompton (i34o), etc. On peut y trouver, si l'on veut, que l'académie établie par Charlemagne, dans son palais, est l'Université de*Paris ; et Du Boulay en tire l'induction que c'est de là qu'elle fut nommée la Fille aînée des rois ; mais ceux qui ne veulent pas faire remonter jusqu'à Charlemagne l'institution de l'Université, pourroient aisément interpréter le texte de ces auteurs, et refuser d'y trouver une décision contraire à leur opinion. Cependant quelques-uns de ces auteurs du second âge, nommément le Grand t Jacques de Tolède ( i3o,o), sont absolument favorables à Du Boulay.
Les écrivains du troisième âge confirment encore plus expressément son opinion ; mais leur autorité diminue en proportion de l'éloignement où ils sont du temps dont il s'agit. Les principaux de ces écrivains sont le cérebre Gerson, chancelier de l'église de Paris
et de l'Université (i4o4)> le cardinal Zabarella de Padoue (1417), le dominicain Antonin, archevêque de Florence ( i45o), le roi Louis XI, qui , dans son édit, d'ailleurs si déraisonnable, contre les Nominaux (i473), reconnoît formellement Charlémagne pour le fondateur de l'Université de Paris ; Robert Gaguin, historiographe de France ( ifôo), Trithême (i5i6), Baptiste Mantouan , général des Carmes, poète célèbre (i5i6), Hector Boëce, dans son Histoire d'Ecosse ( i5a6 ), Polydore Virgile, dans son Histoire d'Angleterre (i53o), Aventin, dans ses Annales de Bavière ( 1 534)-
L'autorité contraire de Pasquier, de Duchesne et de Loisel n'a pas empêché plusieurs auteurs du dixséptième siècle de reprendre l'ancienne opinion qui fait Charlémagne fondateur de l'Université de Paris; cependant Pasquier surtout ajoutoit à l'autorité générale de son érudition, l'autorité particulière que lui donnoit l'avantage d'avoir plaidé en i564, pour l'Université, contre les Jésuites : « Que cette Université', Recherc.de « dit-il, ait été fondée par Charlémagne, je ne me le laFr. 1. 3,c. (( su « s j amaus p U p ersuac l er? encore que pour ne me
c. 3etsuiy. « démouvoir de cette commune opinion, j'aye voulu « rechercher pour elle tous les advantages qu'on lui « sauroit donner; car ce neseroit pas petite rencontre « pour l'exaltation de notre ville, que l'Université' eût « un tel parrain comme ce grand prince ».
Le grand argument de Pasquier contre cette opinion, est tiré du silence des auteurs ou contemporains ou les plus anciens. Du Boulay fait voir que ce silence allégué, ou n'a rien de réel, ou ne prouve rien : *1 nous paroît répondre avec assez d'avantagé^ Pasquier
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et aux autres fauteurs de la nouvelle opinion, laquelle, pour de'mentir une croyance de neuf siècles, n'est pas fondée sur des découvertes assez précises ni assez concluantes ; il nous paroi t surtout tirer un grand parti d'un plaidoyer de l'avocat-général Servin, où Loisel, qui soutenoit à peu près la même cause que Pasquier, est vivement réfuté.
Elinand paroît être le premier auteur qui ait nommé les quatre premiers maîtres employés par Charlemagne à l'instruction publique dans son Université ; c'étaient, selon lui, et selon la foule des auteurs qui l'ont copié, Raban, Alcuin, Jean, et Claude surnommé Clément , Ecossais. Si Raban , qui est nommé le premier des quatre, est le célèbre Rabanus Maurus, arcbevêque de Mayence, et que l'Université ait été fondée en 790, il est impossible qu'il ait été un des quatre premiers maîtres, puisqu'il n'avoit alors que deux ans, étant né en 788 ; et en effet, il paroît qu'il fut disciple, et non pas collègue d'Àlcuin. Mais qu'Elinand et les autres se soient trompés sur les noms des premiers maîtres, il ne résulte pas moins du témoignage universel de l'Histoire, que Charlemagne faisoit venir de l'Italie, des royaumes britanniques, de tous les pays, tous les savans et tous les philosophes distingués 3 qu'il les appeloit dans ses Etats , qu'il les y fixoit, qu'il s'entouroit de toute part de lumières et d'instruction , qu'il prenoit tous les moyens d'étendre et de perpétuer la science; et si on montre une continuité d'enseignement public depuis ce prince jusqu'à nos jours, si la barbarie qui lui a succédé n'a pas eu le pouvoir, comme celle qui l'avoit précédé, d'anéantir toute école et toute étude, il faut avouer que l'opi-
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oion qui le fait auteur des universités, cette opinion, , qui a été' si long-temps établie sans contradiction , a pour le moins beaucoup de vraisemblance.
C'est là le véritable point de la question : puisqu'on trouve, sous les rois de la première race, des écoles Tlisi. Littti. épiscopales et monastiques, et quelques vestiges même ifp"^ 0 ' d'une école établie dans le palais des rois, Charlemagne, à la rigueur , ne peut pas être regardé comme l'inventeur de ces établissemens : mais l'enseignement public, ou resté en France, depuis le temps des Romains, comme des débris de leur littérature, ou ébauché sous les rois mérovingiens , suspendu ensuite , et anéanti par les guerres continuelles , fut ressuscité enfin par Cbarlemagne, restaurateur magnifique des études, s'il n'en fut pas l'inventeur. Or, si cet enseignement public, quelle qu'ait été sa forme dans les différentes époques, n'a pas cessé depuis Cbarlemagne, l'Université peut, avec raison, rapporter son établissement à ce grand prince.
Du Boulay va sans doute trop loin, lorsqu'il prétend trouver toute la machine de l'Université, constituée comme elle l'est aujourd'hui, dès les temps les plus anciens et les plus rapprochés de Cbarlemagne ; mais si, de maître en maître et de disciple en disciple, on peut descendre de Charlemagne jusqu'aux temps où l'Université nous présente un corps existant, soumis à des statuts, et honoré par nos rois de privilèges dont elle conserve encore une partie, la question est décidée , Charlemagne est le fondateur de l'Université'.
Nous ne comprenons pas pourquoi les savans, tels que Du Boulay, Crevier, etc. ont mieux aimé faire descendre l'Université de cette compagnie littéraire
SECOKDË QUESTION. Su;
formée par Charlemagne dans son palais, et qui nous paroît une véritable académie, que des écoles épiscopales et monastiques, établies de même par les ordres et par les soins de ce prince. Ils appellent la pre- BoJei,Hismière, l'Ecole palatine ou l'Ecole du palais; mais, quelques efforts qu'ils fassent, et quelques conjectures Crevier , qu'ils hasardent, ils ne peuvent parvenir à en suivre IIisl - c ) c lu l'histoire, que jusqu'au temps de Louis le Bègue, ou p^ Jiy tout au plus de Louis et Carloman ses fils, encore est-ce p 65. avec bien des lagunes. On ne sait presque rien de cette nisuLuter. prétendue Ecole palatine, considérée comme école, t 4 >p . al $ # pas même si elle étoit fixée à Paris ou à Aix-la-Cha- 226. pelle, ou si, ce qui est encore moins vraisemblable, elle suivoit partout, et surtout dans les camps, une Cour toujours errante. Dans la vérité, on ne trouve à cette académie ou école une existence réelle et senque sous Charlemagne et sous Charles le Chauve, les deux seuls princes de la race carlovingienne qui aient véritablement aimé les lettres; elle disparoît ensuite entièrement , et l'on voit au contraire , au douzième siècle l'Université sortir d'une manière sensible des écoles de Notre-Dame, de Sainte-Geneviève et de Saint- Victor, qui disputent entre elles de célébrité.
Au reste, le lieu où Ton enseignoit, soit que ce lut le palais des rois, ou Févêché, ou des monastères, est une chose indifférente; le point important est que l'enseignement n'ait point cessé , que l'ouvrage de Charlemagne n'ait été ni détruit ni interrompu. Or, n; s t. Litt. dans le neuvième siècle, on descend de maître en dclaFr.t6,
maître depuis Alcuin, par Raban son disciple, Loup de Ferrières, disciple de Raban, Henri, disciple do
Loup de Ferrières, jusqu'à Remi d'Auxerre, qui termine ce siècle et commence le dixième; mais de ces maîtres qu'on voudroit donner à l'Ecole palatine, la plupart n ont enseigné que dans des monastères.
Il en est de même de ceux du dixième siècle ; leur liste est décorée, entre autres noms célèbres, du nom d'Abbon, moine, puis abbé de Fleury-sur Loire, qui déjà, depuis long- temps, savant maître, vint à Paris,
p ,3g 4 non pas pour enseigner, mais pour s instruire comme Oevier, simple écolier. Elle est terminée par Huboldus, qui
riTdf plris" ensei g noit à Sainte-Geneviève. Ce dernier appartient