I. j, p. 67. aux deux siècles
Les maîtres qui tiennent l'école de Paris dans le onzième siècle, Lambert, Drogon, Manegolde, lui donnèrent moins de célébrité que n'en eurent dans le même temps l'école de Reims sous Gerbert, celle de Chartres sous Fulbert, celle de l'abbaye du Bec sous Lanfranc et Anselme ; mais Manegolde fut le maître de Guillaume de Champeaux , et la succession des maîtres de Paris nous mène jusqu'à ces beaux temps de Guillaume de Champeaux, d'Abailard, d'Hildebert de Lavardin, de Jean de Salisburi, etc. beaux temps, si l'on s'abstient de toute comparaison avec ces siècles d'or, qui n'ont brillé que quatre ou cinq fois pour les lettres dans l'Histoire du monde. Pour illustrer tout autre siècle que ceux d'Alexandre , d'Auguste , de Léon X et de Louis XIV, il suffit d'un homme tel qu'Abailard, et d'une femme telle qu'Héloïse. Leurs talens, leurs passions, leurs malheurs font encore aujourd'hui l'occupation et l'intérêt des ames sensibles. La gloire d'Abailard est bien moins d'avoir effacé ses maîtres, et enivré de zèle et d'enthousiasme pour les
lettres et pour lui-même la foule de ses disciples, que d'avoir su inspirer, à un cœur noble et tendre , à un esprit vraiment éclairé, une inclination si constante et par -là si respectable. Pétrarque, dans la suite, a immortalisé Laure ; c'est Héloïse qui a immortalisé Abailard. Comme elle l'ennoblit au moment même où il l'immole, lorsque s'enfermant dans un cloîtré pour lui obéir, pour l'imiter, pour s'unir du moins à sa destinée, ne pouvant plus s'unir à lui, elle s'accuse encore de l'avoir rendu malheureux , et s'écrie avec Cornélie dans Lucain :
O maxime conjux!
O thalamis indigne meis ! Hoc juris liabebat ln tantum Fortuna caput! Curimpia nupsi, Si miserum factura fui? JYunc accipe pœnas , Sed quas spontè luam. Lacan. Pharsal. liv. 8.
Elle s'appliquoit aussi, par amour et par respect pour Abailard, cette belle expression d'Enée à Andromaque :
D éjectant conjuge tantôt
C'étoit Abailard dont on pouvoit dire :
Dejectum conjuge tait.
Jusque-là les maîtres avoient enseigné séparément, et les écoles du cloître de Notre-Dame, de Saint- Victor et de Sainte-Geneviève étoient rivales les unes des autres. C'est dans le douzième siècle quelles se rassemblèrent en un corps que Matthieu Paris appelle Consortium clectorum magistrorum, Société des maîtres choisis. Ce corps étoit déjà divisé en diverses nations •u provinces, en 1169. ^e Blême Matthieu Pâris nous
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apprend qu'en cette année Henri II, roi d'Angleterre, pÛà ii de prendre pour arbitres, dans sa querelle avec saint Thomas de Cantorbéri, ou la Cour des Pairs de France, ou le Clergé de France, ou les diverses provinces de l'Ecole de Paris. On peut, par ces alternatives, juger de la considération dont VUniversilé jouissoit dès - lors. Les premiers privilèges existons de l'Université, sont contenus dans un diplôme de Philippe Auguste, de l'an 1200. Ce diplôme parle du chef ou recteur de l'Université comme déjà établi ; les premiers statuts aussi existans de l'Université , sont de l'an 1 2 1 5 , donnés par le légat Robert de Courçon. Les Crev. ïlist quatre Facultés commençoient à se distinguer parfaide runîv. de tement par leurs objets : lè livre des Sentences de Paris, Ut. 1 pierre L ombard avoit donné, vers le milieu du dou-
zième siècle, un point fixe à la théologie; les randectes de Justinien trouvées dans Amalphi en n33, le décret de Gratien publie en 1 1 5 1 , firent des juristes et des canonistes ; on commença aussi , vers la fin du douzième siècle , à enseigner la médecine ; les livres de physique et de métaphysique d'Aristote, apportés de Constantinople à Paris, vers l'an 1 167, occupèrent la Faculté des arts, et l'Université reçut tous les jours de nouveaux accroissemens.
On voit, par ce précis des faits, qu'il est
très-aisé
de concilier ceux qui placent l'institution de l'Université dans le douzième siècle , avec ceux qui la fon* remonter jusqu a Charlemagne. La réunion des maîtres en un seul corps, n'eut lieu qu au douzième siècle; mais les leçons de ces maîtres ne cessèrent point depuis Charlemagne; c'est de lui que nous vient Je bienfait de l'enseignement ; lui seul a eu la gloire au moins
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de le ressusciter d'une manière fixe et durabie. Observons que l'anarchie, ayant été plus grande encore à la fin de la seconde race, qu'à la fin de la première, ce n'est pas un médiocre effet de l'ascendant d'un grand homme , que les études, anéanties sur la fin de la première race, se soient conservées au milieu du chaos de la seconde.