‹ Histoire de CharlemagneChapitre 84 sur 108 · QUATRIÈME QUESTION · texte numérisé non relu

QUATRIÈME QUESTION

les rois francs s'en formèrent un de quelques personnages choisis parmi les évêques et les grands. C'est du moins ce qui paroît résulter de divers textes. De là ces dénominations opposées de grand conseil, conseil commun, et de conseil privé, conseil secret, conseil étroit

Dans la même préface du second volume du Recueil des Historiens de France, après avoir parlé du conseil des rois , on expose ce qui concerne les assemblées nationales.

Duo erant apud Francos conventuum gênera. Alter Praefat. i. a, Campus M ardus vocabatur , quia in mense Martio P- 4 6 > 47agebatur. Sub Clodovœb ejusque decessoribus , Franci omnes in Campum Martium armati convenire jube bannir ; sed postquàm in G allias dispersi fuerunt, omnes ad hune conventum venir c non potueré : aderant tantum prœcipui, et ii quos princeps vocabat. Alter conventus Mallus appellabatur. Hune agebant ministri ad id destinati, qui in regiones mittebantur jura in toto pago reddituri; sed postmodum hujusmodi conventus stabiles in unoquoque tractu redditi sunt; placita vocabantur, ibique statutis die bus judicia exercebantur.

Voilà donc deux sortes d'assemblées nationales , le Champ de Mars et le Mallus ou Placitum, Plaid ou Parlement; le premier ayant pour objet les affaires générales de la nation; le second, l'administration de la justice. Il sembleroit d'abord que les Etats-généraux auroient succédé au Champ de Mars, et les parlemens au Mallus ; mais défions-nous de ces conjectures si simples ; ces premiers temps de notre histoire n'admettent guère de notions si précises; la distinction 2. i5

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même du Champ de Mars, et de Al allas ou Placite, n'est pas tellement établie, que ces deux sortes d'assemblées nationales ne soient très-souvent confondues dans les monumens de notre première race ; et même le conseil particulier de nos rois n est pas toujours assez nettement distingué des assemblées nationales, soit Champ de Mars, soit Mallus.

Tout ce que Ton voit, ou du moins tout ce que Ton conçoit clairement, c est que, soit dans ces assemblées nationales convoquées par nos rois, soit hors de ces assemblées, les rois avoient des conseillers intimes, qu'ils honoroient d'une confiance plus marquée. L'histoire particulière de ce conseil des rois n'est pas aisée à suivre, le fil en est imperceptible, et on le perd souvent. Les annalistes , les anciens chroniqueurs , qui à peine énoncent vaguement les faits les plus importans, nous ont encore moins instruits des délibérations secrètes d'un conseil, dont l'existence continue et sans interruption ne leur offroit rien de remarquable ; ils parlent un peu plus des assemblées du Champ de Mars ou de Mai , parce que ces assemblées étoient par elles-mêmes un spectacle imposant, et que leur influence sur les expéditions militaires, seules opérations politiques quil y eût alors, étoit directe et sensible.

Peut-être même (car sur ces matières et sur ces temps, peut-être est le mot qu'il faut toujours dire), peut-être les rois n'avoient-ils besoin de conseil, et n'en faisoient-ils usage que pendant le cours de ces assemblées ou placites, parce que cétoit alors seulement qu'ils avoient des affaires requérant conseil ; une nation toute militaire, comme l'étoit d'abord la nation

Quatrième questiox. 227 des Francs, n'a point d'autres affaires que celles de la guerre; elle s'assemble au commencement d'une campagne, pour en concerter les opérations ; elle s'assemble à Ja fin pour partager le butin. Quand par hasard elle n'a point d'expédition à faire, elle s'assemble au moins pour faire montre de ses forces et de ses armes, ostensuram in Campo Martio suorum armorum ni- Gregor.Tutorem. Ce sont-là toutes ses affaires et tous ses objets ron * lib - a > de délibération ; le roi ou le chef d'une pareille ° ap **' nation peut très-bien n'user du conseil que dans les assemblées nationales, et trouver son conseil dans ces assemblées mêmes. Telle est l'idée que dom Ruinart, dans sa préface de Grégoire de Tours, n.° xi, paroît s'être faite du conseil de nos rois dans ces premiers temps de la monarchie.

Qui ex nobilissimis familiis exorti, nullo peculiaris dignilatis tilulo designabanlur, ii viri fortes, seniores, majores - natn , primores , priores , primates , optimales , magnâtes appellabantur, quorum consiliis rex in pîacitis uti solebat.

Dom Ruinart dit, in placitis : voilà donc selon lui, le conseil borné aux placites , et tiré des placites mêmes.

Dom Bouquet au contraire, dans la préface du second volume du Recueil des Historiens de France, avoit fait entendre que le conseil des rois*étoit perpétuel, et toujours attaché à leur personne. Seniorum pars pr opter regem semper assistebat, et in consilium adhibebatur.

Tous les deux peuvent avoir raison , selon les différentes époques. Sous Clovis et ses prédécesseurs , ou ses premiers successeurs, lorsque la nation, encore

toute guerrière, et n'étant autre chose que l'armée, s'assembloit toute entière, et en armes, pour délibérer sur la guerre et sur le butin ; les rois alors pouvoient n'avoir de conseil que dans ces assemblées, et avoir pour conseil nécessaire les chefs de Tannée, quorum consiliis rex in placiUs uli solebal , selon dom Ruinait : mais lorsque les Francs, répandus dans toute l'étendue des Gaules, formèrent un corps de nation, lorsqu'ils eurent un gouvernement, lorsque la violence militaire céda insensiblement la place à la constitution civile, et qu'on eut d'autres affaires que celles de la guerre ; les rois alors eurent un conseil attaché à leur personne 1 et qui les suivoit partout : Seniorum pars propter regem semper assistehat, et in consilium adhibebatur , comme le dit dom Bouquet.

Il y a plus ; les assemblées mêmes du Champ de Mars cessèrent d'être formées de la nation entière, il n'y assista plus que les principaux, que les chefs, et ceux que le roi vouloit bien y appeler : Aderant tanium prœcipui, et ii quos princeps vocabat; ce sont encore les termes de dom Bouquet. Ces grands, ces chefs choisis par les rois, ou dont quelques-uns du moins étoient choisis par les rois pour assister à ces assemblées, formoient , pour les grandes affaires du royaume, une espèce de conseil général, de grand conseil, magnum consilium, plutôt royal que national, ou du moins moitié royal, moitié national, qui n'empêchoit pas sans doute que, pour les détails de l'administration, les rois n'eussent un conseil particulier, moins nombreux, plus intime, qui les suivoit partout. Cette conjecture est pour le moins très-vraisemblable ; mais, il faut l'avouer, tout cela n'est que

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