SUR LA SECONDE RACE
Pour compléter la preuve de l'inutilité des conquêtes, et de l'abus des grands empires, il faut montrer ce que les uns et les autres deviennent ; c'est ce qui nous engage à parcourir rapidement les temps qui suivent le règne de Charlemagne, comme nous avons parcouru les temps qui le précèdent. Nous ne nous arrêterons qu'aux époques mémorables , et aux faits dignes de remarque. Cette suite contiendra des considérations plutôt qu'une histoire.
On sait quel fut le sort de la grande monarchie des Perses; on sait aussi quel fut celui des conquêtes d'Alexandre leur vainqueur, et si ce fut la peine de former un si vaste Empire pour le temps qu'il eut à en jouir, et pour l'intérêt qu'il devoit prendre aux successeurs qu'il laissa. Charlemagne laissa du moins sa race sur le trône, mais il avoit rendu ce trône trop vaste pour elle ; elle ne put ni le remplir ni s'y maintenir.
Les grands hommes, en tout genre, sont très-rares,
et surtout les grands rois. Il faut des Etats qui puissent être régis par des princes médiocres. Un petit Etat a toujours en lui-même de quoi se gouverner, indépendamment du mérite de ses souverains. La routine et l'exemple suffisent; la machine est simple, et le jeu des ressorts facile. Les rênes d'un grand Empire ne peuvent être tenues que par la main d'un grand homme; il falloit Charlemagne dans toute la vigueur de l'âge, dans toute l'ardeur de son activité, pour pouvoir d'un côté défendre, de l'autre gouverner ses nombreux et vastes Etats.