‹ Histoire de CharlemagneChapitre 9 sur 108 · LIVRE 2, CHÀP · texte numérisé non relu

LIVRE 2, CHÀP

Il n'est pas vrai que, comme l'ont dit plusieurs auteurs, lorsque l'empereur Léon Tlsaurien voulut abolir à Rome le culte des images, le pape Grégoire II ait délié les Italiens du serment de fidélité envers l'empereur, et que les Romains alors se soient soumis au saint Siège ; mais il est vrai qu'ils commencèrent dèslors insensiblement à se rendre indépendans de l'Empire, et que les papes paroissent aussi avoir formé dèslors le projet de devenir souverains.

Ce projet ne pouvant s'exécuter qu'avec le temps et qu'à la faveur des conjonctures, les papes parurent plus long-temps soumis aux empereurs grecs, qu'ils ne le furent véritablement. L'autorité de Constantin

Copronyme, fils de Léon, étoit toujours censée reconnue à Rome : lorsqu'Astolphe, roi des Lombards, sétant emparé de l'exarchat de Ravenne et de la Pentapole, voulut se rendre maître de Rome, le pape Etienne III s'étant adressé vainement à l'empereur Constantin Copronyme pour obtenir des secours, que ce prince hérétique et indolent n'étoit ni en état ni dans l'intention de lui accorder, s'adressa ensuite à Pépin ; et lorsqu'avant de passer en France, il alla conférer avec Astolphe à Pavie, il étoit accompagné d'un ambassadeur de l'empereur, qui étoit venu à Rome porter des ordres au pape de la part de Constantin ; Regiam jussionem , dit Anastase. Le Blanc paroît croire que le pape fit sincèrement tous ses efforts, de concert avec cet ambassadeur, et en conformité des ordres de Constantin , pour engager Astolphe à rendre à cet empereur l'exarchat de Ravenne et la Pentapole. D'après ce récit, ce seroit un problême, si Etienne, en passant en France, venoit seu-

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lement demander à Pépin du secours pour lui et pour l'empereur, contre les Lombards, ou s'il avoit dèslors le projet d'acquérir au saint Siège une souveraineté' temporelle par les armes des Français,

Selon le récit du même Le Blanc , Pépin envoya deux fois des ambassadeurs au roi Àstolpbe, et lui fit offrir douze mille sous d'or , $'il vouloit rendre à l'Eglise va à V Empire ce qu'il leur avoit enlevé : jusque-là les droits de l'Empire étoient toujours reconnus par le pape et par le roi de France ; mais dans le même temps, Constantin Coprony me, emporté par un zèle aveugle d'iconoclaste, et abandonnant le soin de ses Etats pour faire la guerre aux images, ayant assemblé un concile hérétique, où il fit condamner le culte catholique, le pape Etienne, qui avoit eu occasion de connoître la bonne volonté, le zèle même des Français à l'égard du saint Siège, et leur indifférence pour l'empereur grec, n'eut pas de peine à persuader à Pépin que cet empereur, par son hérésie et par sa négligence sur les affaires d'Italie, méritoit peu qu'où lui fît rendre l'Exarchat et la Pentapole; il fut donc convenu que ce seroit au pape même que Pépin feroit oe présent ; Le Blanc croit que le projet n'en fut formé qu'en France; nous croyons seulement qu'il y fut concerté, mais qu'il avoit été le motif et l'objet du voyage du pape; question indifférente. Ce fut pour déterminer encore plus efficacement le roi en faveur de Rome , que le pape conféra la dignité de patrice à Pépin et à ses deux fils.

La chronique du Mont^Cassin dit que Pépin ne fut fait patrice qu'après qu'il eut obligé Astolphe de céder au pape l'exarchat de Ravenne et la Pentapole :

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le pape Adrien I, dans une de ses lettres, ne fait commencer le patriciat de Charlemagne qu'à l'époque de la prise de Pavie, et de la ruine du royaume des Lombards; il date ses lettres des années de ce patriciat, que quelques auteurs, nommément dom Mabillon et Le Blanc, distinguent de celui qui avoit été conféré à Pépin et à Charlemagne lui-même par Etienne III, regardant le premier comme un simple titre d'honneur, et le second comme un titre de pouvoir et d'autorité : en effet, il est remarquable que Charlemagne n'ait jamais pris ce titre de patrice avant la ruine du royaume des Lombards, et que depuis ce temps il n ait jamais manqué de le prendre à la suite du titre d<e roi des Lombards. Il paroît que les Romains concoururent avec le pape à donner, soit à Pépin, soit à Charlemagne, le titre de patrice.

Telle est donc la succession des souverains de différentes nations, qui ont exercé ou prétendu dans Rome une autorité absolue.

D'abord les empereurs romains.

Après la division de l'Empire, les empereurs d'Oo cident.

Après la chute de l'Empire d'Occident, Odoacre, roi des H o ru les.

Tbéodpric, vainqueur d'Odoacre, et après lui, les rois goths, ses successeurs.

Les empereurs grecs , après la destruction du royaume des Goths.

Les Lombards, après avoir chassé les Grecs d'une grande partie de l'Italie, nommément de l'exarchat de Ravenne, qui étoit devenu le siège de l'Empire des Grecs en Italie, et duquel Rome dépendoit.

l8 HISTOIRE DE CHÀRLEMÀGKE.

Enfin, Charlemagne, après la destruction du royaume des Lombards.

C'est par l'effet de cette conquête, et en vertu de la dignité de patrice, conférée par le pape au nom du sénat et du peuple romain, que Charlemagne fut reconnu pour souverain dans Rome, et qu'il y exerça des actes d'autorité avant même qu'il fût empereur. Paûl «Diacre dit que Charlemagne ayant détruit le royaume des Lombards, unit la ville de Rome à sa couronne : Romuleam urbem suis addidit sceptris. Le même auteur, en dédiant à Charlemagne, toujours avant qu'il fût empereur, le livre de Pompeïus Festus, lui dit : « Vous trouverez dans ce livre les noms « des rues, des portes, des montagnes, et des tribus « de votre ville de Rome ».

En 795, le pape Léon III lui fît part de son élection, lui envoya l'étendard de la ville de Rome, et lui fit prêter serment de fidélité par les Romains. Charlemagne lui dit dans sa réponse : Nous avons une grande joie de ce qu'on nous rend l'obéissance qui nous est due. Des monnoies de Charlemagne et de ses successeurs, frappées dans Rome, attestent l'autorité qu'ils ont eue dans cette capitale du monde chrétien. Parmi celles de ces monnoies qui portent le nom de Charlemagne, il y en a quelques-unes dont l'inscription à demi-effacée ne permet plus de connoître certainement la date; mais on a des raisons de croire qu'elles avoient été frappées avant que ce prince parvînt à l'Empire. Le Rlane les rapporte dans sa Dis- ' sertation.

C'est encore avant l'époque du rétablissement de l'Empire d'Occident, que Charlemagne déploie à

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Rome tout l'appareil de la souveraineté, en rétablissant le pape Léon III, et en condamnant ses assassins Pascal et Campule. Cette autorité de Charlemagne s etendoit à toute la partie de l'Italie , conquise par ses armes. En nommant duc de Bénévent, Grimoald, fils d'Aricliise, il exigea qu'en reconnoissance de sa souveraineté, son nom fût mis dans les actes et sur les monnoies. Le Blanc rapporte une de ces monnoies, où Chronique Charles est qualifié Seigneur. dErcilc,n A > *

Les ducs de Spolète appellent, dans plusieurs titres, Charlemagne et Pépin son fils, leurs rois et leurs maîtres; ils datent toujours leurs actes des années du règne de ces princes.

Les habit ans de Viterbe, dans un acte daté de la sixième année du règne de Charlemagne en Italie, l'appellent Rex noster.

C'étoient des officiers de Charlemagne qui rendoient la justice, et à Rome, et dans tous les lieux voisins de cette ville. Charlemagne, dans ses lois, donne des ordres, fait des défenses aux papes comme à ses moindres sujets, et tout cela, encore un coup, avant d'être empereur.

Ainsi les Romains, en couronnant Charlemagne empereur, n'ajoutèrent rien à son autorité, qui avoit dès auparavant toute son étendue. On peut même dire qu'en le créant patrice, soit avec Pépin son père, soit surtout seul après la ruine du royaume des Lombards, ils ne firent que consacrer, par leur approbation, une autorité que Charlemagne devoit toute entière aux armes de son père et aux siennes.

Le patriciat avoit été conféré à Pépin et à Charle- Hiagne au nom dit peuple romain j ce fut aux accla-

mations du même peuple que Charlemagne fut couronné empereur. // fut élu par tous les Romains, disent Ànastase et Luitprand. Les Romains V élevèrent sur le trône impérial, dit le moine d'Àngoulême.

Ce renouvellement de l'Empire romain dans la personne de Charlemagne, est consacré par tin monument que Le Blanc rapporte dans sa Disserta' ion : c'est un sceau de plomb, offrant d'un eôté la figure de Charlemagne, qui est qualifié Dominus noster, de l'autre la ville de Rome, avec cette inscription :

Renovatio Romani imperiL

Il résulte de quelques titres, aussi bien que du récit de divers auteurs, que Charlemagne fit bâtir à Rome, près de l'église de Saint-Pierre, un palais où il rendoit publiquement la justice, soit par lui-même, soit en son absence, par des juges qu'il choisissoit.

Le pape Léon III respecta toujours Charlemagne comme son souverain et son bienfaiteur ; il datoit ses lettres des années de l'Empire de ce prince; il lui donnoit les titres de Seigneur et d'Auguste.

Charlemagne, dans un capitulaire de Tan 8i3, met expressément les Romains au nombre de ses sujets.

Eginard, en faisant rénumération des villes métropolitaines des Etats de Charlemagne, auxquelles cet empereur fit des legs dans son testament, met Rome la première.

Enfin, tout ce qu'on peut reconnoître d'autorité dans un souverain, est reconnu dans Charlemagne par les Romains et les Italiens, le pape à leur tête, et dans Charlemagne, soit roi, soit empereur, sans aucune différence : il avoit succédé à toute la puissance

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