‹ Histoire de CharlemagneChapitre 109 sur 110 · CHAPITRE XVII · texte numérisé non relu

CHAPITRE XVII

Ce testament, dont la formule est toute romaine, repose sur l'idée la plus absolue du partage ; rien ne se ressent de l'unité politique que Charlemague voulait imprimer à son oeuvre; singulière contradiction! Toute une vie entière est passée à réaliser la pensée d'un grand empire, et au moment de la mort Charlemague le brise et l'abîme par la pensée de morcellement. C'est qu'alors la mort venait, et avec elle la vieillesse et la maladie. Il ne veut point que le titre d'empereur périsse; il a fait appeler à Aix-la-Chapelle son (ils Louis, roi d'Aquitaine, le seul qu'il eût vivant d'Hildegarde, la plus chérie de ses lèinmes. Dans une cour pléuière, il réunit tous les comtes francs, les évèques, les leudes, les clercs, tout ce qui pouvait donner force et vie à une grande solennité. 11 s'associe, du consentement de tous, Louis, au titre d'empereur; il le fait reconnaître et saluer, et lui mettant de ses mains affaiblies la couronne sur la tète , il dit: Voilà désormais l'Empereur et Auguste. ,.Ayant ensuite envoyé son fils en Aquitaine, continue Eginhard, le roi, suivant sa coutume, et quoique épuisé de vieillesse, alla chasser dans les environs de son palais d'Aix. Après avoir employé la fin de l'automne à cet exercice, il revint à Aix au commencement de novembre pour y passer l'hiver. Au mois de janvier, une fièvre violente le saisit et il s'alita. Dès ce moment, comme il le faisait toujours

CHAREEMAGNE.

quand1 il avait la fièvre, il s'abstint de toute nourriture, persuadé que la diète triompherait de la maladie, ou l'adoucirait; mais à la fièvre se joignit une douleur de côté que les Grecs appellent pleurésie. Le roi, continuant toujours de ne rien manger, et ne se soutenant qu'à l'aide d'une boisson prise encore en petite quantité, mourut, après avoir reçu la communion, le septième jour depuis qu'il gardait le lit, le 28 janvier, à la troisième heure du jour, dans la soixante et douzième année de sa vie, et la quarante-septième de son règne."

Ainsi mourut l'empereur Charles, et presque avec lui son oeuvre si laborieusement accomplie. Comme à toutes les morts d'une grande renommée, les chroniques signalent plusieurs prodiges qui annoncèrent le dernier terme de cette puissante existence. Quand la vie de Charlemagne s'en allait, il y eut de fréquentes éclipses de soleil et de lune; on remarqua pendant sept jours une tache noire au soleil; une galerie qui joignait le palais s'écroula tout d'un coup; le pont de Mayence fut brûlé en trois heures. Un jour TEmpereur vit une grande flamme de feu qui, fendant les nuages, courait de l'occident à l'orient; en plein champ son cheval s'abattit; il fut violemment jeté à terre; l'agrafe d'or de sa selle fut brisée ainsi que le ceinturon de son épée; on trouva son javelot à plus de dix pieds

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