‹ Histoire de CharlemagneChapitre 13 sur 110 · CHAPITRE III · texte numérisé non relu

CHAPITRE III

Tous ces récits tics chroniques sont pauvres de noms propres, et généralement dépourvus de grandes physionomies historiques. Il n'en est pas ainsi des chansons de gestes; là se déploie toute la splendeur des épopées) carlovingienncs: des làmilles entières de barons vont apparaître: le simple comte Roland des chroniques devient ce puissant paladin qui remue les montagnes et tranche les géants sarrasiuois ; à ses côtés est Renaud de M on tau ha n et la famille du vieux Aymon dans son château de Dordogne; Ogier le Danois est aussi un pourfendeur de mécréants. Vous voyez apparaître G U i 1 1 a u m e au Court Ne/,, Garin le Lo lier in, Lambert le Court. Gauthier de Cambray; déjà se montrent les Bras - de - Fer, les Longue- Epé«, G irais de Roussi 11 on, Aime r y de N a r b o n n e. Tous ces barons prennent place autour de l'immense physionomie de Gliarleinagne; ils l'ont aidé de leurs conseils, ils le servent de la force de leur corps et de la valeur de leur bras: on ne peut les séparer de ce suzerain dont ils forment l'auréole. Ainsi, à toutes les époques de grandes oeuvres et de conquêtes, il y a toujours des chefs de guerre qui entourent le génie qui les conduit à la bataille; ils composent comme son magnifique cortège; leurs noms doivent grandir d'âge en âge avec le sien; il y aurait ingratitude à les en séparer.

A côté des hommes de bravoure et d'énergie, parmi les paladins de Charlemagne , se trouvent les traîtres et félons; chaque sentiment de lame a besoin d'être personnifié; ceux-ci appartiennent à la famille mayençaise, à la liguée des Ganeions, ou à la race gasconne d'Alori, si retentissante dans les

quer 'les succès de Charlemagne, il a failli également justifier les revers; or, quand une grande renommée a brillé sur le monde, les revers, dans l'esprit des peuples, n'arrivent jamais par des causes naturelles, c'est toujours par trahison. La conquête du royaume des Lombards est trop rapide, trop complète pour qu'on suppose la traîtrise des hommes; en six mois les Francs ont passé les Alpes, et tout est fini; taudis que dans la campagne au-delà des Pyrénées, où se trouve la triste défaite de Roncevaux, les chansons de gestes font apparaître d'abord toute la famille des paladins fidèles, des hommes enfin de force et d'énergie qui ont combattu avec l'empereur; après cette noble filiation viennent les perfides, les vendeurs d'armée; ils se personnifient, je le répète, dans Ganelon.

Le chantre de toute cette épopée est le pieux archevêque Tur pin; Turpin prend part aux batailles, il est armé de la massue, parce que clerc il ne faut pas qu'il verse du sang; il combat, il prie, il confesse; expression vé-

chansons de gestes. Comme il

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