CHAPITRE IV
lances, les francs débordèrent partout et envahirent le Milanais.
Quelle terreur inspirait déjà le nom de Uiarleniagne, i|nelle idée gigantesque l'on s'en faisait parmi les Lombards! Les comtes, les évèqnes, hâtèrent leur soumission; tout lut dompté sauf deux villes, Pavie et Vérone. Pavie n'était pas alors ce débris, noble encore, cet ossuaire (pie parcourt aujourd'hui le voyageur mélancolique: grande et belle cité, elle voyait s'élever ses larges monuments de pierre à la manière lombarde et romaine; ses murailles s'élançaient à soixante et dix pieds romains; dix-sept portes ouvraient sur la campagne, soixante-deux tours ceignaient son Iront comme celui d'une sibylle antique. Là était le siège des rois lombards; si Milan le disputait par son épiscopat et ses rapports avec Byzance, par ses basiliques, ses larges voies, ses promenades ; si les rois recevaient à la Mou/.a la couronne de fer, Pavie était la ville militaire, donnant la main à Vérone, sa soeur à la cuirasse d'acier.
Après les Alpes, les Francs envahisseurs trouvaient ainsi de fortes cités capables d'opposer une vive résistance; le nom de Charlemagne , si grand parmi tous , retentissait derrière les murailles; il paraissait comme l'homme de fer sous le [fer. Le moine de Saint* Gall a décrit les terribles approches du puissant suzerain sous les murs de Pavie, et rien ne
constate mieux la vive et profonde impression (pic produisait su présence: — Quelques années auparavant un comte du royaume, nommé Ogger, ayant encouru la colère de l'implacable Charles, s'était réfugié près de Didier. Quand tous deux apprirent que le redoutable monarque venait, ils montèrent sur une tour très-élevée, d'où ils pouvaient le voir arriver de loin et de tous cotés. Us aperçurent d'abord des machines de guerre telles qu'il en aurait fallu aux années de Darius et de Jules César: „Charles, demanda Didier à Ogger, n'est-il pas avec cette grande année? — Non," répondit celui-ci. Le Lombard, voyant ensuite une troupe immense de simples soldats assemblés de tons les points de notre vaste empire, finit par dire à Ogger: „Certes, Charles s'avance triomphant au milieu de cette foule? — Non, pas encore, et il ne paraîtra pas de sitôt, répliqua l'autre'). — Que pourrons-nous donc faire, reprit Didier, qui commençait à s'inquiéter, s'il vient accompagné d'un plus grand nombre de guerriers? — Vous le verrez tel qu'il est, quand il arrivera, répondit Ogger; mais, pour ce qui sera de nous, je J'ignore." Pendant qu'ils discouraient ainsi, parut le corps des paladins qui jamais ne connaît le repos. A cette vue le Lombard,
:,:) Il y a ici des réminiscences de l'Iliade: les livres grecs se répandaient dans les monastères.