CHAPITRE IV
une traînante description, Ogger l'aperçut d'un coup d'oeil rapide et dit à Didier: „Voici celui que vous cherche/, avec tant de peine," et en prononçant ces paroles il tomba presque sans vie."
La colère de Charlemagne était la mort pour qui osait en braver l'éclat; sa voix portait la terreur dans les âmes, et le moine de Saiïit-fiall , pour reproduire cette formidable image, ne trouve d'autre moyen que le mot 1er, vingt (bis reproduit dans deux pages de sa chronique: c'est (pie le pauvre chroniqueur ;i recueilli les dires de vétérans qui ont suivi leur suzerain en Italie; dans son monastère, paisible et silencieux comme le lac de Constance, il a écouté les traditions de quelques ir.oines lombards qui ont passé, la montagne et gardé la mémoire des conquêtes de Charlemagne.
Pavie, dernier retranchement de la monarchie des Lombards, devait tomber avec la couronne de fer, et la capitulation de Didier entraîner la chute de sa monarchie. Charlemagne pressait, poussait le siège; sous les tentes des Francs, les fêtes de Noël turent célébrées, pendant (pic les détachements des troupes austrasiennes soumettaient les villes et les bourgs des environs de Pavie ; tout l'hiver fut ainsi occupé par des mouvements de guerre. Les Francs gardèrent leur incontestable supériorité sur les Lombards, que pro-
tégeaienl cependant les hautes murailles de Pavïe et le courage personnel de Didier.
Quand arriva Pâques avec ses pompes, Charlemagne ne put résister aux pressantes sollicitations d'Adrien: le pontife lavait prié vivement de venir passer la semaine sainte à Rome, sur le tombeau des apôtres: la semaine sainte, c'était le temps de tristesse et de pénitence pour un chrétien! Les annales de la ville de Saint-Pierre disent: „que le 2 avril, le samedi saint, le grand Charles toucha les murs de Rome," et le jour de la Résurrection fut désigné pour la solennité de sou ..triomphe, car les Caiiovingiens étaient patrices et protecteurs du pontilicat.*Adrien voulut que cette pompe auguste fût mémorable dans les fastes romains. Charlemagne venait par la Toscane, le pape envoya des évéques, des patriciens, les lils des vieux consuls, et des tribuns à la rencontre du roi des Francs jusqu'à Novi. A l'entrée de la ville, il fut reçu bannières déployées, comme c'était la coutume pour les triomphateurs j des légionnaires armés à la manière antique portaient sa lance et sa cuirasse, et des enfants, semblables aux sculptures des bas-reliefs de la villa Médicis, agitaient autour du char des palmes et des rameaux d'olivier. On voyait aussi des milliers de croix d'or brillant au milieu des bannières, pour indiquer le caractère tout religieux de la cérémonie.