CHAPITRE IV
Adrien attendait Charlcmagnc sur la première marche de Ja basilique de Saint-Jean ; le mi se rendit immédiatement au tombeau de lapon e l'ierre, non point à ce grand temple de Léon X, loi qu'il existe aujourd'hui, mais à la basilique sainte et primitive, eu pierres carrées, oeuvre de l'école byzantine et lombarde, et que le frottement du pied et la bouche des pèlerins avaient usée. Le pape et le roi s'embrassèrent cordialement, Charles appliqua ses lèvres brûlantes sur tous les degrés de la basilique, et l'on chaulait: „lîéui celui qui vient au nom du Seigneur!-' Sur l'autel, on se prêta mutuel serment de protection et de garantie. Le roi et ses L'iules visitèrent toutes les églises, pleines de reliquaires; Charles (it sa prière avec une grande ferveur dans l'église de Sainte-Marie- Majeure, car le pèlerinage consistait alors à saluer toutes les basiliques. Après la communion, on traita des affaires publiques; Adrien rappela les titres d'amour que Pépin avait donnés à l'Eglise de Rome, et la donation surtout qu'il avait scellée de son monogramme; elle restait précieusement conservée dans les archives de l'Eglise, couverte d'une éclatante broderie de soie avec des fermoirs d'or. L'Iiarlemagne la relut à plusieurs reprises, et dicta lui-même au clerc Eiherius, sou protonotaire, un nouvel acte de donation pour les mêmes terres. Cette seconde chartre lut plus explicite que celle de Pépin :
les formules romaines s'établissaient déjà; on énumérait chaque terre nominativement, la nature de la mense et son revenu, chaque ville et sa juridiction, et ainsi fut rédigée la donation au saitit-siége. La chartre lue, le roi Charles, les évèques, les abbés et les grands qui l'accompagnaient y apposèrent chacun leur scel"); on se porta sur le saint tombeau, et tous jurèrent sur les reliques de l'apôtre qu'ils la maintiendraient pour le présent et l'avenir. En échange, le pape Adrien reconnut Charlemagne comme patrice et protecteur de Rome, privilège de race que les rois francs devaient consigner désormais dans leurs diplômes.
L.e pape donna affectueusement au monarque les canons écrits par les pontifes depuis l'origine de l'Église, sorte de succession des lois romaines, et ces grands codes durent servir aux Capitulaires de Charlemagne ;
*} Le caractère de celle donation ou confirmation de Charlemagne au pape Adrien a été l'objet d'un grand nombre de dissertations spéciales; elle est analysée dans le Codex Carolinus, mais il n'y a line authentique que depuis Louis le Débonnaire (Voy Sigonius de regno It a li a e.) Quand Napoléon s'empara de Rome, des travaux furent spécialement commandés sur la donation de Charlemagne ; mais on sait comment la liberté d'écrire l'histoire existait sous Napoléon, et le libéral oratorien M. Daunou consentit à faire un livre officiel et médiocre contre les papes.