CHAPITRE IV
l'esprit romain se transfusait ainsi peu à peu dans les institutions franques. Ce livre des canons fut dédié par le pape à Charles, libérateur de Rome; quarante-cinq vers écrits de la main d'Adrien formaient cet anagramme: ,,Le pape Adrien à son excellent fils Gharlemagne roi." t Puis il l'appelait le défenseur de la sainte Église: ,.à l'exemple de son père; car imitant ses triomphes, le roi Charles avec l'aide du Christ et des clefs de Saint-Pierre, avait mis les nations ennemies à ses pieds; il suivait la lumière de la vraie doctrine resplendissant sur son trône: Charles avait saisi ses armes divines et foulé les nations superbes: il > restituait les vieux dons à (a sainte mère l'Eglise! il avait vaincu les Lombards! sa grande race retentirait dans tout le monde; enfin, haut, noble, brillant, continuait le pape, il règne sur les royaumes; il est venu à la suite des apôtres , le peuple l'a accueilli par des éloges et des hymnes; le pape Adrien, le pontife du Christ, lui prédit ses triomphes, Pierre et Paul le protégeront."
Dès ce moment se resserre l'alliance intime entre Charlemagne et Adrien par des concessions incessantes ; le patrimoine de Saint-Pierre est encore agrandi. Dans tous les actes ou les récits de cette époque, il faut distinguer le domaine matériel de la juridiction pontificale .• toutes les donations de Charlemagne
C1IARLEMAGNE.
sur le domaine matériel eurent un sens limité, elles s'appliquèrent à des territoires fixes, à des villes désignées dans des actes; quant à la juridiction des pontifes, elle fut universelle. Le roi franc reconnut la suprématie pontificale dans toute son étendue. Une amitié noble, sincère, s'établit entre le pape et Char- Iemagne; elle fut constatée par nue médaille frappée et fort curieuse qui représente le roi et le pontife.- tous deux tiennent devant eux le livre des évangiles posé sur un autel, avec cette inscription gravée: „Avec toi comme avec Pierre, avec toi comme avec la Gaule*)," et sur l'exergue: „(bi sacrée;" c'était un traité à la manière des vieux Romains quand ils signaient une alliance de peuple, car les pontifes avaient conservé les formules impériales. Toutes les l'ois que le pape eut besoin de l'appui des Austrasiens et de leur chef, il eut recours à Charlemagne , et le roi accourut à Rome pour y chercher à son tour les débris fie l'art, la trace des lois et de la civilisation : quand il fait élever la basilique d'Aix, il demande au pontife Adrien des mosaïques de Ravenne; Ravenne, la ville grecque de l'Italie, la capitale de l'exarchat, où l'on foule encore aujourd'hui sous les pieds des marbres, des
*) Te eu m si eut eu m Pctro, tecuni si eut eu ni Gnlliii. Sur l'exergue: S a cr, foed, (Voy. Leblanc, Traité des monnaies,)