‹ Histoire de CharlemagneChapitre 28 sur 110 · CHAPITRE V · texte numérisé non relu

CHAPITRE V

„Le roi Charles convoqua à Worms une assemblée générale de ses seigneurs, dans laquelle il décréta, de concert avec eux, de faire la guerre aux Saxons; car si la terre des Saxons touche à celle des Francs, et même si leurs limites ne sont pas bien déterminées, d'un autre coté, plus ces deux nations étaient rapprochées par le (hit, plus la discorde jetait entre elles de motifs de division, et des deux pays, sans relâche, l'on portait sur la frontière voisine le meurtre, l'incendie et le pillage. Bien loin d'être dignes de porter le suave joug du Christ, les Saxons, livrés à toute la fougue de leur naturel sauvage, à la rudesse de leur esprit, étaient encore sous la puissance de l'erreur et du démon. Les Francs, au contraire, chrétiens depuis longtemps , fervents appuis de la foi catholique, dominaient un grand nombre de peuples: c'était sur le secours de ces nations soumises, et surtout sur la puissance de Dieu, dont ils suivaient scrupuleusement les commandements, qu'ils comptaient pour soumettre cette nation. Pareils à un corps dont les membres seraient répandus ça et là, et non réunis ensemble , loin d'obéir à un roi qui seul fût à la tète du gouvernement et de la milice, les Saxons étaient divisés en plusieurs petits États et comptaient presque autant de chcls que de villages. Cependant on partageait généralement les contrées qu'ils ha-

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bitaient en trois portions distinctes; jadis les peuples qui les occupaient étaient renommés pour leur valeur, mais maintenant leurs noms seuls sont restés , leur courage n'est plus. Ceux qui, occupant la partie occidentale, avaient leurs limites près du Rhin, s'appelaient les VVestphaliens; les Osterlindi, Osterlingi ou Ostvali, habitaient le Levant; les perfides Slavons infestaient leurs frontières. Enfin les Angarii, troisième peuplade saxonne, occupaient l'espace contenu entre les deux pays précités; ce sont ces derniers dont les frontières méridionales bordent les terres de France , tandis que vers le nord leur pays s'étend jusqu'à l'Océan. Voilà les peuples que Charles avait résolu de combattre; et sans retard, avec toutes les forces des Francs, il se mit à saccager et à brûler leur pays. Une citadelle fortifiée par la nature, et que l'art avait mise encore en plus fort état de résistance, se trouve sur sou passage, il la prend. Les barbares la nommaient Eresburg. Au même endroit existait une idole, divinité du pays, appelée Irminsul; c'était une colonne travaillée avec beaucoup de soin et chargée d'ornements; le roi la renverse, et établit son camp tout près de ce lieu. La durée des chaleurs de l'été, le manque de pluie brûlaient les champs ; les fontaines desséchées ne contenaient qu'une aride poussière, et la soif commençait même déjà à fatiguer le camp du roi, lorsque le

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