CHAPITRE V
passèrent du système de la vassalité indépendante à l'organisation par comtés et évèchés. lis ne furent plus seulement des vassaux, mais une partie du grand tout soumis au gouvernement des comtes et des évèques. Ainsi trois époques déjà pour cette histoire de la soumission saxonne: 1° la vassalité par tribus; 2° la déférence à la prédication chrétienne; [)" l'organisation uniforme par comtés et évèchés, et la soumission au système administratif du roi.
Ce gouvernement des comtes et des évèques francs lut d'abord très-odieux aux Saxons. Les comtes administraient la justice et gouvernaient au nom de Chorlemagne? les r évèques cherchaient à grandir l'influence de l'Eglise et à soumettre les nations barbares à nu joug religieux: tout cela brisait la liberté des peuplades germaniques. La présence de Charlemagne, la terreur de son nom pouvaient seules maintenir la domination des francs: or le roi, obligé de parcourir incessamment l'Europe, d'aller en Espagne, en Italie, des Pyrénées aux Alpes, ne pouvait toujours veiller sur les terres d'Allemagne, ei les Saxons profitèrent plus d'une fois de cet éloiguement du suzerain pour reprendre, les armes. Les voilà donc encore soulevés! Ils se portent en masse sur le Rhin, secouant le joug des comtes et des évèques.
Cette prise d'armes universelle jeta la plus
vive inquiétude dans l'esprit de Charlemagne ; elle éclata à l'occasion de l'appel que firent les comtes francs à la fidélité des Saxons, pour repousser l'irruption des populations slaves (782). VVitikind reparut parmi ses frères de nationalité, et leur dit: „Le moment est arrivé de vous venger des hommes qui oppriment le pays/' Les Saxons le suivent, ils se réunissent au pied d'une liante montagne*), sur le liane droit le l'armée de Charlemagne, que conduisaient les trois comtes principaux, Adalgise, Geiion et Wolrade; quand les comtes parurent sur le Weser, au lieu de trouver les Saxons comme auxiliaires, ils les virent prêts à s'élancer sur eux. Le comte franc Théodoric, accouru du Rhin, résolut de commencer la guerre contre les Saxons rebelles à leur foi. La mêlée fut sanglante; le grand Charles n'était pas là: les Saxons, pleins de haine contre les comtes, attaquèrent vigoureusement. Presque tous les chefs des Francs périrent dans cette bataille, les autres furent mis en fiiitc; Les Saxons entonnèrent le chant de victoire de VVitikind, en refoulant les oppresseurs jusque sur le Rhin. Charles accourut bientôt pour venger les humiliations de ses armes; à ses yeux, les Saxons n'étaient plus des ennemis à combattre, mais des peuples rebelles qu'il fallait exterminer. Il vint donc tenir sa diète à Paderboni; fit sommer
*) Suutal.