CHAPITRE VI
Conquêtes de Charlemagne en Espagne. Défaite de Ronceouux, 778.
Les expéditions de Charlemagne étaient restées jusqu'ici germaniques ou lombardes; le Rhin, l'Oder, les Alpes, le l'ô, avaient vu les lances des Francs , épaisses connue les moissons d'été secouées par les vents*;! La couronne de 1er des Lombards ornait le Iront de Charlemagne; les pays d'Italie étaient distribués entre ses ducs, ses comtes et ses leucies; l'Allemagne saluait ie roi à la taille gigantesque. Aux Pyrénées, son nom était connu comme celui du petit fils de Charles Martel ; chef couronné dont on redoutait la puissance et la force, mais dont on n'avait point encore aperçu les bannières douantes. Mais bientôt le cor allait retentir dans ces gorges et ces vallées ; une expédition était prête à franchir la montagne aux pics élancés: quel
»J Monach. Sanct. Gall., lib. Il
molif donc entraînait ces nuées de lances au milieu des villes d'Espagne i Comment se faisait-il que les conquérants sarrasinois allaient eux-mêmes subir la conquête? Quel souvenir restait-il de cette invasion sanglante que Charles .Martel, l'aïeul de Charlemague, avait arrêtée aux plaines de Poitiers?
Cette terrible bataille de Tours ou de Poitiers avait été le point d'arrêt des conquêtes des mécréants au-delà des Pyrénées: dans rabaissement de toutes les âmes, au milieu des terreurs jetées pendant un siècle par de rapides et étonnantes invasions, la victoire de Charles [Martel releva le courage abattu des chrétiens, et cela suiïit pour changer la position respective des peuples. Cette sanglante défaite de l'islamisme avait donné un élan irrésistible aux comtes, aux ducs, aux populations entières de la Gaule méridionale, et presque tous les chrétiens se levèrent pour une puissante croisade dans la Guyenne et la Septimanie. Dès le règne de Pépin, il n'existait plus que des colonies isolées de Sarrasins dans la Provence ou l'Aquitaine; lorsque Abd-Almalek prêcha la guerre sainte, la seule ville de Narbonue restait aux mains des mécréants. Toute la puissance des émirs s'était concentrée en Espagne, et encore existait-il clans les montagnes une vieille race de chrétiens, énergique population qui s'était affranchie déjà du joug des Sarrasins: couverte de