CHAPITRE VI
peaux sauvages ou d'armures forgées an creux des rochers, flans quelques bourgades solitaires, celte race valeureuse de Léon et de ( astille descendait de temps à autre de sa retraite inaccessible pour inquiéter les Sarrasins des campagnes et des cités. Au milieu de celle longue chaîne qui prend depuis les Astinïcs jusqu'à la Catalogne, il y avait une lignée mâle et forte, qui plus tard devait expulser les Mores de l'Espagne conquise, el 'aire flotter sur les villes délivrées l'étendard de la croix.
L'Espagne d'ailleurs n'était pas soumise à un seul pouvoir: ce n'était pas assez, aux Sarrasins, dominateurs des Visigoths, de s'clre séparés du califat de Bagdad, de la puissance du commandeur des croyants; les divisions intestines se manifestaient dans la Péninsule de cité à cité*); presque chaque province avait son émir; au milieu de la guerre civile, les uns invoquaient l'appui des comtes chrétiens, des populations visigoihes, puissantes encore sous leurs évèques, à Cordutie, à Tolède; les autres appelaient à leur aide les vieux Castillans, les Asturiens des montagnes. Déjà,
•) ï.es gouverneurs des grandes ville* chez les Ainbcs d'Espagne étaient rcvèMtis du litre de vizir, ceux des petites villes de celui d'alcayd, d'où est venu aie «de, si le mot aléa de n'esi pas dérive de cadi ou juge de paix.
sons le règne de Pépin, quelques ambassades des émirs d'Espagne étaient venues trouver le roi de Fiance dans ses cours plénières, et le suzerain, tout en les écoutant, s'était mis en rapport avec les califes de Bagdad ; il en avait reçu des présents, et leur avait envoyé en échange des chiens de chasse habitués à courir le sanglier des Ardennes et de la Thuringe. Il est incontestable que Pépin eut des relations politiques avec le calife Almanzor; des comtes francs restèrent trois ans à Bagdad, et vinrent débarquer à Marseille, la cité du commerce.
L'organisation des provinces méridionales, telle que Charlemagne l'avait accomplie, jetait sur la frontière d'Espagne deux grands vassaux militaires de la couronne de France; c'étaient les ducs des Gascons et des Aquitains. Par leur situation en face des Pyrénées, les Gascons se trouvaient incessamment en rapport avec les Sarrasins, et leurs ducs avec les émirs; il y avait souvent mélange de sang. Les conciles défendaient en vain tout mariage mixte; plus d'une , jeune fille chrétienne avait épousé un mécréant, et la noire Sarrasine de BaiT.elonue, de Cordoue, de Grenade ou de Tolède avait pris pour -époux un enfant de Gascogne et d'Aquitaine. Les Sarrasins avaient plus d'une mosquée dans les villes du Midi, à Narbnnne, à Arles, et les chrétiens avaient des églises et des évèques même à Séville: