‹ Histoire de CharlemagneChapitre 39 sur 110 · CHAPITRE VI · texte numérisé non relu

CHAPITRE VI

on était en communication pour ie commerce, l'industrie et les arts; les rivalités s'étaient effacées, et souvent on trouvait des inimitiés, des jalousies plus vives parmi les émirs ou entre les comtes francs que des haines véritables d'une croyance contre une autre.

Ces divisions, les rois francs surent les mettre à profit pour favoriser leurs expéditions conquérantes. Charlemaguc tenait un parlement à Paderborn (777), entouré des comtes, des évèqnes, lorsqu'on vit arriver des émirs ou alcaycis sarrasins, couverts de longues robes comme on les portait alors dans les cités au-delà des Pyrénées. Pc plus opulent de ces émirs s'appelait Soleyman Ebii-Jakfan-Alarabi ou Mnl'ras-Ebn-Alarabi ; il était, disait-on, gouverneur de Saragosse. Ces émirs accouraient des pays lointains pour faire foi et hommage à Cbarlcmague, offrant de livrer les clefs de Saragosse et de Valence, qu'ils tenaient comme vassaux d'Abd-Alraluuan. Ce spectacle surprit Charlemagne et (latta l'orgueil des comtes; la conquête qu'offraient les émirs plaisait à l'imagination des Francs, et Charles reçut foi et hommage des chefs sarrasins. Ainsi, dans cette cour plénière, Abiathar, gouverneur de llnesca, et l'émir Kbn-Alarabi , se déclarèrent vassaux de la couronne de France; ils s'engageaient à livrer les quatre puertos des Pyrénées à l'armée des Francs, lus puertos de Barcelonne, de Puycerda, de Pampeluue et de To-

CIIARLEMAGNE.

losa"): de là celte armée pourrait s'étendre jusqu'au détroit, et délivrer les chrétiens de la Péninsule. Les temps étaient changés! Il y avait un siècle à peine que le comte Julien avait ouvert l'Espagne aux conquêtes des Arabes, et déjà les émirs livraient les Pyrénées à une armée des Francs. Cette armée devait trouver appui dans une masse considérable de la population; parmi les vieux chrétiens d'Aragon et de Castille, et qui sait, peut-être sous la grande épée de Charlemagne, l'Espagne s'affranchirait entièrement du joug des Sarrasins ... Au printemps, tout serait prêt pour une expédition au-delà des Pyrénées. Les émirs félons s'en retournèrent à Saragosse et à Barcelonne, pour attendre l'exécution des promesses du grand Charles, désormais leur suzerain.

Les préparatifs de cette guerre au - delà des Pyrénées furent immenses; tous les comtes possesseurs de terres fiscales, convoqués par le ban royal, devaient se tenir prêts à la guerre: la grande habileté de Charlemagne fut toujours de tomber sur ses ennemis avec des masses tellement formidables, qu'il les enveloppait avant que la résistance fût organisée. Il avait agi ainsi contre les Lombards, lorsque ses armées descendirent les Alpes avec la

"3 On sait que le mot espagnol puerto signifie passage.

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