CHAPITRE VII
côtés, voit des masses d'hommes. ,,Ce sont les païens, cent mille au moins! s'écrie- (-il , les voilà par milliers sur l'horizon. Roland, mon cousin, sonne ton cor d'ivoire, sonne ton olifant, le grand Charles l'entendra et viendra à notre aide. — C'est avec Durandal (pic je veux accueillir ces félons, répond le vaillant paladin. — Pourtant, sire comte, les montagnes, les délités sont couverts de lances comme une forêt épaisse." Et Roland saisit son épée et fait sa prière. „Vous m'entendrez crier: Montjoye la royale, le cri de Charles, notre seigneur. Aux armes!-' Tous ces braves chevaliers se pressent de saisir Cépée. „Hàtez-vous donc, dit Roland, car Marsille accourt." L'archevêque Turpin l'ait sa prière; les païens ne sont plus qu'à la distance du trait d'un arc. „En avant, chevaliers!" Et l'on entend le son des cors, les chevaux se mêlent et se confondent: que d'exploits dans cette bataille! La terre est couverte de heaumes brisés, de pieux rompus et de tètes coupées. Roland est comme un lion, il déekarge Durandal sur les mécréants; Turpin suit les paladins la massue au poing, comme un digne homme de bataille: , , Comte Roland, sonnez du cor, sonnez du cor, pour qu'on vienne à notre aide!" Et le paladin prit enfui le conseil du bon archevêque. Ce sou est si puissant, qu'il retentit à travers les vallées d'échos en échos jusqu'à Charlemagne : pourquoi n'ac- G*
court-il pas en aide à son neveu Roland ? ("lia/les est détourné de secourir les chevaliers par le traître fianelon.
Pendant ce temps, le combat de Roncevaux se continue et se poursuit avec ac»af= nement; que de mécréants mordent la poussière! A leur tour, les dignes barons de France font de grandes pertes: le brillant Olivier est frappé, l'herbe se rougit de son sang; Olivier est le cousin de Roland; à cet aspect, le paladin tombe en défaillance, et lorsqu'il revient, quel spectacle n'a-t-il pas sous les yeux! tous les chevaliers de Fiance sont morts; il ne voit a ses côtés que l'archevêque Turpin, qui bientôt lui-même tombe le crùrie brisé. Les Sarrasins entourent le comte Roland; quel carnage encore fait Durandal! Le noble preux reste maître du champ de bataille; il le parcourt, plein de douleur, car pas un seul chevalier n'est autour de lui : en vain il appelle ses amis, l'écho seul lui répond. H est épuisé de sueur et de fatigue; il cherche de l'eau dans' le creux des rochers arides; le voilà pale, exténué, il perd beaucoup de sang, il s'évanouit sur l'herbe, ombragée de deux pins fleuris, et le plus lier des barons ne peut plus faire tournoyer sa formidable épée: le chêne est brisé par l'ouragan; le voilà renversé sur la terre; Roland fait un dernier effort, Durandal, sa bonne épée, ne doit pas tomber au pouvoir des Sarrasins; devant lui