CHAPITRE VII
est un rocher immense, il veut la briser sur ce pic dur connue fer, et chose grande à dire, c'est Durandal qui partage le rocher, comme la faux du moissonneur coupe les blés jaunis.)
Il n'est plus le noble comle! et le projet du Jtrailre Ganelon est accompli. Charles venge sa mort en gagnant de nonveUes batailles contre Marsille: les païens sont vaincus, mais triste est le deuil de l'armée de France! Roland et les nobles vassaux sont couchés sur l'herbe rougie: quel deuil! quel deuil! Il pleure le grand Charles, il veut voir et loucher le corps de son neveu : ou reconnaît les douze pairs gisant sur la terre: on étend sur chacun d'eux un manteau d'étoffe rouge en signe de dignité, itoncevatix ! fatal souvenir, la terre est jonchée de cadavres. Qui désormais nous fera reconnaître la place où sont tombés les chrétiens? Dieu ne f'era-t-il pas un miracle en laveur de ce précieux sang? Daines et chevaliers, le Seigneur a depuis exaucé les prières, et les pèlerins qui vont à Saint-Jacques de Galice voient encore aujourd'hui des ronces partout où moururent les Sarrasins, et des roses blanches où tombèrent les chrétiens.
N'eu aviendra-t-ii rieia au traître Ganelon ? La déloyauté restera-t-elle impunie? Quand Tannée est revenue eu France, quand elle est passée à travers la bonne ville de Chartres, un parlement de barons se réunit à iMayeuce
pour juger le traître comte. Mais celui-ci fuit à toutes jambes sur un cheval que lui fournissent ses vassaux et ses parents; déloyal jfliyarcl, il ne veut point combattre! Piuabel, son neveu, traître comme lui, vient défendre
lice du combat est ouverte; les amis du félon confessent sa déloyauté. Voici des sergents d'armes qui saisissent Ganelon, condamné à être pendu en la place d'Aix-la-Chapelle. Charles, qui veut le voir eu la liante potence, monte sur un mulet richement harnaché; les dames s'élèvent aux tours et pavillons du château, le peuple crie à toute voix: „Traitre, infâme Ganelon, reçois le prix du mal que tu as fait à ton seigneur et à l'armée du Christ!" Et quand le félon est écartelé, Charles dit: „Je suis vengé de celui qui m'a privé du vaillant comte Roland et des douze pairs avec lesquels j'ai conquis l'Italie et l'Espagne." De ces faits , ajoute le trouvère , dames et chevaliers, je n'ai plus rien à vous narrer. Puisse vous bénir Celui qui expira sur la croix et ressuscita le troisième jour*) J"
Le chant de gestes de Roncevaux est un
*) J'ai traduit presque mot ;'i mot lu chanson de gesles de Roncevaux, d'après les deux fllSS. publiés en 1837. Je me suis borné à éliminer les longues descriptions, si multipliées dans les romans de chevalerie. Capef.