CHAPITRE VII
montagnes, ces hommes du Nord? Quand Dieu lait des montagnes, c'est pour que les hommes ne les franchissent pas! — Et les rochers tomlieiit, le sang ruisselle: combien d'os broyés! (|iielle merde sang! — Fuyez, fuyez, vous tous qui avez de la force et un cheval... Fuis, roi Carlomaii avec tes plumes noires et (a cape roup,e: ton neveu, ton plus brave, ton chéri Roland est étendu mort là-bas. — ils luient, ils fuient, c'est fini; et vous tous, montagnards, nettoyé/, vos (lèches, serrez-les avec votre corne de boeuf: la nuit, les aigles viendront manger ces chairs écrasées, et tous ces os blanchiront dans l'éternité i*1'
Point de douleur parmi ces montagnards; ils ne distinguent pas le sang chrétien du sans des Sarrasins; ds ne le trouvent ni plus noble ni plus pur; les hommes du Nord sont venus troubler leurs pâturages, remplir leurs vallées, secouer leurs montagnes, et alors ils ont lait rouler sur leurs tètes des niasses de rochers : c'est l'expression de la haine la plus profonde; ils se complaisent à l'idée de voir l'aigle des montagnes dévorer ces chairs sanglantes, à contempler ces ossements blanchis. La délaite de Roncevaux est un souvenir de gloire pour les Basques; ils ont détruit les hommes du Nord dans ces sauvages contrées! En Navarre tout est rempli de la mémoire de Roland; on y voit les chapelles expiatoires en l'honneur du héros, les rochers que Du-
ranci al a fendus : lus échos des Pyrénées vous rediront Roland, comme les Ilots du Rhin roulent et murmurent avec majesté le nom de Charlemagne*).
Parcourez l'Espagne! les romanceros de Castille, les scagna d'Andalousie, les rambla de Barcelonnc, vous raconteront aussi les douleurs de la belle Aude, la chaste femme de Roland, après les funérailles de Roncevaux, tradition qui se répétait de manoir en manoir dans l'Alava, au milieu même des tours du More, en Navarre, à Valence, à Badajoz, à Murcie, où je l'ai retrouvée encore. Voici donc la romance de la belle Aude, en la vieille langue castillane: „A Paris vivait doim Aida, l'épouse de don Roland; elle avait avec elle trois cents femmes pour l'accompagner, toutes revêtues d'une même robe, toutes portant la même chaussure, toutes mangeant à une même table, partageant le même pain, excepté doua Aida, qui était la mayoral; cent de ces filles filaient l'or, cent tissaient les étoffes , cent jouaient des instruments pour distraire leur maîtresse, et au son de ces instruments doua Aida s'endormit un jour, et
*) Pour écrire l'histoire de Chariemngne, il faut visiter le Rhin, l'Elbe, les Pyrénées, l'Ebre, puis revenir encore à Aix-la-Chapelle, à Ravenne, Pavie et Roucevniix : j'ai salué avec une grande piété historique toutes ces stations du grand empereur. Capef.