CHAPITRE VII
elle eut un songe, un songe fatal de tristesse. Elle se réveille avec une grande frayeur; elle pousse des cris si perçants qu'ils s'entendirent eu la cité, et ses filles lui parlèrent: „Qu'avez-vous, noire seiïora? qui vous a donc fait inalV — Un songe, mes filles , qui m'a donné grande pensée; je nie suis vue sur une liante montagne, dans un lieu bien désert, et sur cette montagne si haute, j'ai vu un autour aux ades éployées; derrière l'oiseau volait un aigle, le poursuivant à cris aigus, et l'autour s'est réfugié sous mes vêtements; ce grand aigle, les yeux pleins de colère, s'efforçait de le tirer de là, il lui déplumait les ailes, il le battait de son bec." Or, la camérière lui répondit: „Ce songe, ma seiïora, je vais vous l'expliquer." Et la camérière cherche en vain à consoler sa seiïora; le rêve fatal demeure eu sa mémoire comme une pensée de deuil. Hélas! un autre jour, de grand matin, on apporte des lettres au dedans écrites en noir, au dehors teintes de sang; c'est que l'époux de doua Aida était mort; il était mort don Roland à la défaite de Roncevaux!"
Partout donc cette défaite de Roncevaux avait attristé le peuple chrétien ; on la chantait , on la récitait d'une façon lamentable comme la catastrophe de la chevalerie, l'épisode sanglant du règne de Charlemagne. Ainsi chaque génération a son événement funèbre, sa grande défaite qu'elle déplore comme une
funéraille de la pairie; elle préoccupe ses poètes, (-Ile attriste ses historiens, et quand les temps ont roulé dans l'éternité, il reste encore la mémoire de ce jour fatal où tombèrent les plus hauts défenseurs d'une nationalité perdue!
0IAPIÏRE YW.
Guerres de Charlemagne contre les vassaux et les populations lointaines.
Lorsqu'on parcourt les vieilles chroniques et les traditions populaires, on est vivement frappé du caractère d'immensité que présentent les guerres et les conquêtes de Charlemagne. Les annales écrites clans la solitude des monastères sont laconiques comme les oeuvres d'hommes qui, n'ayant point participé aux affaires actives de la vie, les voient toutes comme des événements uniformes et clans un horizon limité. Les pieux enfants des monastères se contentent de citer une date, un fait, un voyage, sans entrer dans aucun de ces détails qui peuvent éclairer l'histoire sur la nature et les résultats de chaque expédition. On ne trouve donc que de simples notes sur les courses conquérantes de Charlemagne; on sait que le suzerain porta la guerre tantôt sur le, Danube, tantôt à la crête des Pyrénées, sur l'Èbre et dans la Bretagne. Aucun détail ne se rattache k ces récits; seulement, pour les grandes guerres, les chansons de gestes