CHAPITRE VIII
et les récits de chevalerie viennent ajouter quelques épisodes au tableau général des laits d'armes du roi franc ou de l'Empereur.
Ii)e l'élude des chroniques résulte néanmoins le sentiment profond des grandeurs et de la puissance de Charlemagne ; rien n'est comparable à cette vaste préoccupation de toute sa vie; on retrouve le roi (i!l]a»les partout: il parcourt l'Europe sur tous les points, ses diplômes sont datés de plus de cent palais et de fermes royales qui portent des noms divers. S'il habite par prédilection aux pays de la Germanie, s'il aime à se retrrmnver dans les sombres forêts de ses ancêtres, aux chasses de la Thuriiige et des Ardennes , il parcourt incessamment aussi les vastes pays qui forment son empire, tëetle activité remuante ne s'apaise jamais; les peuples éclatent et se soulèvent, les dues et les comtes prennent les armes, et Charlemagne réprime avec vigueur ces tentatives d'indépendance! Il est à cheval et agite sa pesante épée; il n'a ni cesse ni repos dans son oeuvre gigantesque, et sa renommée grandit à tel point, que les chroniques supposent même des conquêtes et des voyages armés qu'il n'a pas accomplis. C'est ainsi que les chansons de gestes attribuent à l'empereur Charles la complète de Coustautmople, ou bien encore une expédition au saint sépulcre. D'après ces poétiques traditions, ce n'est pas seulement jusque sur les
bords de l'Ebre que Charlemagne a porté ses armées, mais encore aux colonnes d'Hercule; il a conquis l'Espagne connue la Grèce, il a brisé la double puissance du califat et de l'empire d'Orient, Dans ce chaos, il est difficile de séparer en deux parts les chroniques réelles et les fausses légendes qui se rattachent à Charlemagne, car ce nom domine le moyen Age; rien de retentissant ne • s'est fait alors sans qu'on l'attribue à cette renommée. La critique doit s'exercer au milieu de la confusion des faits et des dates; je vais chercher à fixer ces vastes annales de la conquête dans les proportions de la vérité.
La première guerre partielle, en dehors des trois principales expéditions de Charlemagne, est dirigée contre le Jïioul où il y eut une rébellion du duc Rodgause, excitée par l'esprit de la nationalité lombarde, qui se défendait dans un dernier effort contre la domination étrangère. Charles venait de dompter les Saxons lorsque cette révolte éclata ; il parut avec ses comtes et ses laudes dans l'Italie (770), livra bataille à Rodgause, qui fut tué dans l'action, et confia à Marcaire, comte franc, l'administration du Frioul , avec le titre de gouverneur des marches.
Ce n'est pas seulement en Italie que les ducs féodaux veulent briser les liens qui les unissent aux Francs, mais c'est encore le duc de Bavière, du nom de Tassillon, comme le