CHAPITRE XI
trois expéditions qui se développent comme des fleuves majestueux: les guerres de Lombardie, de Saxe et d'Espagne; on peut en voir le commencement, le milieu, et en suivre la lin à l'aide des chroniques; elles sont chacune si vivement empreintes de la spécialité, qu'elles pourraient être le sujet de vastes épopées. Il n'en est pas de même de ce qu'on peut appeler les guerres de répressions militaires, accomplies par L'harlemague sur toute la surface du vaste Empire; ses armées ne débordent plus à l'extérieur, elles marchent dans les terres acquises pour en contenir les peuplades. A chaque parlement, on se réunit, non plus pour s'élancer sur des contrées lointaines au-delà même de la civilisation, mais pour maintenir l'obéissance de celles qu'on a déjà sous sa loi. L'histoire de ces guerres obscures, brièvement racontée, est insaisissable pour la chronologie et le classement, et cependant les chroniques en sont remplies; elles tonnent des épisodes plus ou moins curieux dans la vie du suzerain: voyez ces comtes qui campent sur les marches ou frontières, ils ont pour mission de réprimer les Saxons, les Bretons, les Sarrasins ou les Visigoths d'Espagne, les Lombards ou les Grecs d'Italie; si ces peuples refusent l'obéissance, s'ils ne paient pas les tributs ou le service militaire, les comtes se précipitent sur leur territoire et éteignent la révolte dans le sang.
La partie épique de la guerre contre les Saxons a fini avec VVitikind; la conversion de ce chef de guerre, la loi et l'hommage qu'il a prêtés ont opéré un changement notable dans l'état politique ou militaire des Saxons; ils n'ont plus cette grande personnalité autour de laquelle ils peuvent se réunir; des comtes ont été établis et à côté des comtes les évèques; la force militaire est aux uns, la puissance répressive et morale aux autres; les comtes surveillent les tribus, les évèques enseignent et civilisent. Ces deux moyens peuvent être puissants, mais ils n'arrêtent rien encore; l'esprit remuant, actif des Saxons se manifeste incessamment, les chroniques en sont remplies. Sept ans après la conversion de VVitikind, voici ce qu'on lit dans les annales contemporaines (793): „Tanclis que le roi songeait à terminer la guerre commencée, et était résolu à envahir une seconde lois la Panuouie, on lui apporta la nouvelle que les troupes que conduisait le comte Théodoric avaient été arrêtées et taillées en pièces par les Saxons, près de Rastingen sur le Weser. Instruit de ces faits, mais dissimulant la grandeur du mal, le roi renonça à l'entreprise de Paunonie (794). Le roi résolut d'attaquer la Saxe avec une armée divisée de telle façon qu'avec la moitié il entrerait en personne par la côte méridionale, et que son (ils Charles passerait le Rhin à Cologne avec l'autre portion,