CHAPITRE XL
veinent l'Empereur: déjà il cherche à le comprimer sur l'Elbe; il établit là des postes avancés de quelques mille lances; il fait camper sur les [routières les comtes saxons dévoués à sou système ; il est sur d'arrêter l'invasion. Mais avec celte rapidité de coup d'oeil qui saisit et voit tout, Charlemagne s'est aperçu que les moyens militaires vont changer pour l'attaque comme pour la défense: il a donné le plus puissant essor à la guerre territoriale; il a traversé les montagnes, les fleuves et les contrées les plus lointaines; il imite les Romains dans la formation de ses troupes, dans ses marches et contre-marches; mais l'intervention des Danois instlift les éléments de la guerre; ce ne sont pas ici seulement des soldats valeureux sur le champ de bataille comme les Saxons; mais toute* ces nations Scandinaves se sont livrées avec ardeur aux expéditions maritimes, elles ont des Hottes, des milliers de barques qui transportent intrépidement des troupes nombreuses sur les côtes les plus éloignées, comme ou l'a vu dans la conquête de la Grande-Bretagne.
Uliarlemagne sent bien que sur ce point son empire est vulnérable; il a toujours combattu eu rangs pressés sur la terre solide; ses comtes savent conduire des nuées de lances, des chevaux bjud&s oie feu; mais cela ne sert à rien pour arrêter les expéditions maritimes: qu'opposera-t-il à ces ImuMes, l<w-
qu'ils se présenteront sur les côtes de la Frise et de la Neustrie*) ?jll n'y a nul moyen de lutter contre ces Hottes qui pénétreront par tous les côtés; son empire est comme un homme cuirassé de fer atteint à la jointure du cuissard.- c'est le lion qui se roule en vain lorsque le dard de la guêpe le pique. 11 est déjà trop avancé dans la vie pour créer un système maritime; il le tente, mais c'est en vain: et voilà pourquoi il se préoccupe si tristement de l'avenir de l'Empire, lorsqu'il aperçoit en mer les Hottes danoises.
La seule expédition qu'avait accomplie Charlemngne au-delà des Pyrénées, avant de ceindre la^couronne impériale, n'avait poussé sa domination militaire que jusqu'à l'Èbre; îes romans de chevalerie seuls supposent la Conquête féodale de toute l'Espagne par Charlemagne jusqu'à Cadix et le Portugal (port us Galliae), elle ne dépassa par Sara^osse et Pampelune; il s'établit sur la frontière méridionale une espèce de système féodal, toujours fondé sur l'idée romaine des camps militaires; on créa des comtes des marches d'Espagne, comme il y avait des comtes saxons; ils durent contenir les populations sarrasines, les
s) Les côtes Je là ;Fiise fui ent déjà attaquées par les Scandinaves en 810; la ft'eustrie ne le fut tj ne sous le règne de Louis le Débonnaire, particulière raenP'sdu's' Charles le Chauve.