CHAPITRE Xï
Visigoths et les Saxons eux-mêmes; les conquêtes carlovingiennes en Espagne furent alors divisées en deux marches: 1° la marche de Cothe ou de Septimanie, qui répondait à la Catalogne actuelle, et qui eut Barcelonne pour capitale; 2° la marche de Gascogne, qui comprenait les villes françaises de Navarre et d'Aragon. Ensuite des rapports de vassalité s'étaient presque partout établis entre les alcayds gouverneurs des villes rapprochées des frontières et Louis, roi d'Aquitaine. Le gouvernement des Sarrasins en Espagne s'était morcelé, la guerre civile était partout, les enfants du prophète se battaient de cité à cité; les comtes francs profitèrent de ces divisions pour recevoir des hommages et conquérir des villes. Louis accomplit cette mission donnée par Charlemagne , et contint fermement les populations jusqu'à l'Ebre.
Dans l'Italie, la répression des races vaincues est plus làcile, les conquêtes sont plus durables; passer les Alpes n'est rien pour cette armée austrasienne si intrépide. Pépin, roi d'Italie, est là le lieutenant de l'Empereur, comme Louis conserve ce titre aux Pyrénées: Charlemagne se préoccupe de cette guerre parce que l'Italie se lie au Tyrol et aux Alpes, qui sont les clefs de la Germanie; maitre de la Pannonie et de la Dalmatie, il lui faut garder la Lombardie, les fiels qui lui donnent la domination de l'Adriatique; ses campagnes
d'Italie deviennent un théâtre actif où il se trouve eu présence non-seulement des Grecs, mais encore des Huns, des Avares, des Bulgares, qui campent au centre de l'Europe. C'est pourquoi ses dernières guerres d'Italie s'accomplissent simultanément avec ses campagnes d'Allemagne. Si Pépin part du royaume de Lombardie pour remonter par le Tyrol et les Alpes vénitiennes .jusque dans l'Allemagne, l'Empereur part du Rhin et du Danube pour l'aire sa jonction avec son fils et marcher de concert contre les tribus nomades qui campent sous la tente, depuis le Danube jusque dans la Bulgarie.
Les Huns ou Hongres sont les premiers repoussés par Charlemagne; ils ont secondé la révolte des Bavarois, et cela suffit pour soulever contre eux le courroux cle l'Austrasien impitoyable. Cette guerre contre les tribus nomades, ces rapports des Francs et des barbares datent cle loin, car voici ce qu'on lit aux chroniques.- ,,(792) Le roi demeura en Bavière à cause de la guerre avec les Huns; il bâtit sur le Danube un pont de bateaux dont il devait se servir pour la guerre, et célébra la fête de Noël et celle de Pâques. (795) Tandis que le camp du roi était sur l'Elbe, il reçut des envoyés venus de Pannonie, et dont l'un était un des chefs des Huns, nommé par les siens Thudim; celui-ci promit de revenir, et assura qu'il voulait être chrétien.
GHAPlïBE XI.
Le roi se rendit à Aix, <?t pissant là son temps comme l'aimée précédente, il fêta les solennités de Noël et de Piques. (790) Pépin chassa les Huns au-delà du fleuve de la Theiss, dévasta de fond en comble le palais de leur roi, palais que les Huns appellent ring et les Lombards camp, pilla presque toutes les richesses des Huns, se tondit a Aix-la-Chapelle près de son père pour y passer l'hiver, et lui offrit les dépouilles du royaume qu'il avait apportées avec lui. Thudun, de qui il a été t'ait mention plus haut, tenant sa parole, se rendit près du roi, et fut baptisé avec tous ceux qui étaient venus avec lui. 11 reçut des présents et retourna chez lui après avoir juré de garder fidélité; mais il ne demeura pas constant à la foi promise, et ne fut pas longtemps non plus sans recevoir là peine de sa perfidie. (!$») lté chagan, ou prince des Huns, se rendit près de l'Impereur pour les besoins de ses peuples , et Ifi demanda de lui donner un lieu pour habiter entre Sarvar et Hannbourg, parce qu'à cause des invasions des Esclavons, qu'on nomme Bohémiens, ses peuples ne pouvaient plus habiter leurs premières demeures. En effet, les Esclavons, dont le chef se nommait Léchon, ravageaient la terre des Huns. Le chagan était chrétien et se nommait Théodore. L'Empereur le reçut avec bouté, lui accorda ses demandes, le combla de dons, et lui permit
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de s'en aller. Jll revint à son peuple, et peu de temps après il mourut. Le nouveau chagan envoya un de se§egrands demander la confirmation de l'antique dignité que lui-même avait sur les Huns. L'Empereur donna son consentement à ses demandes et ordonna que le chagan eût la souveraineté de tout le royaume, selon la coutume de leurs ancêtres."
Ces guerres nomades, ces traités de paix avec des nations barbares se prolongent pendant une longue période jusqu'à la fin du règne de l'Empereur. Il fallait que la renommée de Chaiiemagne tût bien grande, pour que de tous côtés on vint ainsi à son hommage-, il n'était pas de nation barbare qui ne fût à ses pieds; le nom des conquérants a pour ces nations primitives un prestige bien plus puissaut que la renommée d'un législateur ou d'une intelligence sy^frieure ; ce qui frappe les barbares^ c'est cette grandeur de la force qui éclate, dans les batailles et se lait obéir du monde: Alexandre, César, Charlemagne et Tamerlan, tels sont les noms qu'elles conservent dans les mémoires et qu'elles récitent sous la tente; ces noms vivent à l'abri des ravages du temps, bien que les siècles les défigurent, comme l'airain se rouille par les âges ; or rien n'est comparable à la renommée de Charlemagne: clans . quelle confiée ce nom n'a-t-il pas retenti? Quel est le pays où son souvenir soit resté inconnu? Quelle est l'oeuvre