CHAPITRE XII
saute impératrice captive et prisonnière dans l'île (le Lesbos. Une lettre des envoyés francs à Constanlinople raconte celte révolution de palais; ils avaient soutenu Irène tant qu'ils I avaient pu , comme Taillée de Uharietuagnc. Quand la révolution l'ut accomplie, ils quittèrent Constautuiople pour rapporter eux-mêmes à l'Empereur les événements qui avaient agilé l'empire d'Orient et les causes politiques qui avaient amené l'élévation de Nicéphore.
Telle était la puissance de Charlemagne, que Nicéphore comprit qu'il devait avant tout rechercher son alliance; ses frontières touchaient aux siennes, et l'on redoutait ces invasions de guerriers irancs que couronnait toujours la victoire. Four s'attirer l'amitié et la bienveillance de Cliarlemague, Nicéphore lui députa une ambassade solennelle: ces (irecs, habiles rhéteurs, devaient justilier l'avènement de Nicéphore et les causes qui avaient brisé le sceptre d'Irène, faillie de l'empereur des Francs. Le moine de Saint-Call, le chroniqueur pittoresque, suit attentivement le voyage des ambassadeurs grecs qui viennent saluer Cliarlemague au nom de Nicéphore. Les Francs avaient un grand mépris pour cette race de Byzance; les évèques que Charles avait envoyés à Coustantiiiople tirent mille récits sur les moeurs bizarres des (irecs; quelques-uns de ces récits circulaient sous la lente, et voici comment les raconte ie moine de Saiut-Gall;
CIIARLEMAGNE.
„Penclant la guerre contre les Saxons, Charles envoya ries députés à l'empereur de Constantinople. Celui-ci demanda si les États de son fils Charles*) étaient en paix ou troublés par les nations voisines. Le chef de l'ambassade lui répondit que tout était en paix, à l'exception d'un certain peuple, appelé les Saxons , qui infestait de ses brigandages les frontières de France-. „llélas! répliqua ce prince, qui croupissait dans le repos et n'était nullement propre à la guerre, pourquoi mon cher fils se fatigue-t-il à combattre des ennemis si peu nombreux, sans renom ni courage? Je te donne à toi cette nation et tout ce qui lui appartient." A son retour, l'autre raconta ce propos à Charles: „Cet empereur, répondit le roi guerrier, aurait l'ait beaucoup plus pour toi s'il t'eût donné un bon manteau pour faire une route si longue."
Ainsi, les évêques que Charlemagne avait envoyés dans l'empire de Constantinople avaient été mal accueillis, ils s'en souvenaient, et le moine de Saint- Gall ne manque pas d'ajouter à son récit comment les Francs s'en vengèrent: „Peu après, l'empereur grec à son tour adressa des ambassadeurs au glorieux Charles. Le hasard voulut alors que le. même évôque et le duc dont on a parlé fussent auprès du
*) Los empereurs de Constantinople ne donnaient que le nom do fils aux autres souverains.